Le Clos des Fées au jour le jour

Pas encore en Suisse, mais déjà dans l'ambiance...

Demain, départ pour la Suisse. Mais depuis hier, un avant goût des montagnes avec 50 cm de neige à Vingrau, un 9 mars...

50 cm, vous allez dire que j'exagère. Que nenni ! Voici une photo de ma petite terrasse qui le prouve et vous met dans l'ambiance, en cette veille de Noël de Printemps ;-)

Bon, on va pas faire un fromage sur le fait qu'on est bloqué à la maison par des routes totalement gelées, sur le climat qui se dérègle, sur l'électricité qui saute, vous avez vu tout ça à la télé, hein.

Au moins, inutile de me demander pourquoi la petite Sibérie s'appelle la petite Sibérie : " il y neige en Mars, Monsieur !". On se gardera d'ajouter que c'est certes en Mars, mais une fois tous les cinquante ans ;-)

Bon, demain, donc, si ça se décoince un peu, direction la Suisse, Genève, Lausanne et Zurich. Si vous voulez venir boire un verre, voire diner avec Claudine et moi, c'est ICI, sur le site de nos amis les frères Siegenthaler, qui ne dorment plus à l'idée de ne pas nous voir, les Gauby et nous. On va faire le maximum, les amis. Bien qu'en raquettes, les magnums sur le dos, Genève, ça fait encore quand même un peu loin ;-)

Correspondance commerciale, fin


Monsieur Jim Dorra me répond --------------------------

Bonjour,


Je vous remercie pour votre réponse qui m'a permis de réfléchir un peu sur le sujet et d'en faire part à mes connaissances du milieu (notamment des amis chinois).


Pour ma part, je pense effectivement ne plus répondre sur des demandes trop basse, d'ailleurs quelques coopératives m'ont indiqués qu'elle ne souhaitait plus répondre à des demandes en dessous de 2 euros.


Il est probablement vrai que les négociants sont toujours un peu éloignés des réalités des vignerons.


Néanmoins, je ne blâmerais pas nos clients Chinois, car il y a un saut culturel très difficile avec le vin : seul les alcools fort étaient rependus auparavant, le goût arrive souvent en second plan pour les alcools, après l'effet (si vous êtes allé en Chine, vos avez dû voir le fameux "kanbei" / cul-sec).


Au niveau financier, ce sont les taxes énormes à l'entrée qui pousse à baisser monstrueusement les prix.
Mais la recherche de marge énorme et l'enrichissement rapide poussé par des années de frustration de l'ère Mao est aussi une des raisons principale.


Évidemment, si plus de gens refuse de travailler à ces prix, les mentalités changerons peut-être...
Je crois beaucoup à la formation et à l'organisation de communication éducative (la publicité certains syndicats le font actuellement, je n'y crois pas trop) :
Je travaille avec un cercle de chinois qui sont tous passés par un organisme de formation en France et qui vient de s'implanter dans plusieurs villes de Chine.


Il commence à dispenser des dégustations payante / formation ludique en chine (pour particuliers) : je crois beaucoup que cela formera les amateurs de vins de demain et conseillers informels de leur entourage en terme d'achat.
Ils font aussi des formations aux acheteurs/importateur (c'est plus que nécessaire) et j'ai récemment proposé de créer des sessions spécialement sur les vins de Languedoc et Roussillon.


Je vous souhaite une bonne continuation,


cordialement,
Jim DORRA


Réponse de HB-----------------

Cher Jim,

Heureux de voir que mes mails n'auront pas été vains. Entre 1 et 2 euros, il y a la différence entre vivre (de son travail, même mal) et mourir. Ca me semble être assez simple à comprendre, pour un être humain d'où qu'il vienne...

Les vins à 1 euro ont encore de beaux jours devant eux. Mais simple "matière première", ils sont à la merci du cours mondial des matières premières, d'où qu'elles viennent et quelque soit leurs conditions de production. Une simple barrière douanière (cf le Chili en Chine, synonyme désormais de vin premier prix) qui s'ouvre ou se ferme peut alors signifier la mort d'un territoire historique. C'est en soit le message profond de l'AOC : nous sommes tous différents. Nous ne vendons pas que du vin, mais une histoire, un territoire, des usages, une différence. Voilà, si j''étais plus jeune, ce que je serrai fier d'aller expliquer aux chinois.

De toute façon, dans le vin à 1 euro, nous ne pourrons trouver notre place. Autant se faire hara-kiri tout de suite, et garder notre honneur.

Merci de cet échange, instructif pour beaucoup. Hervé Bizeul


Corrrespondance commerciale, suite

Monsieur Dorra me fait l'honneur de me répondre :
Bonjour,
Je vous prie de nous excuser si cette demande vous a importuné.
Bien entendu, en tant qu'amoureux du vin et fervent défenseur du Languedoc Roussillon, je comprends votre réaction.
Je ne suis pas sans connaitre la qualité de de vos vins et ma collaboratrice a fait une énorme erreur d'inclure votre domaine de renom sur une demande qui ne correspond pas à ce que vous défendez et vos vins, dont je suis par ailleurs un grand amateur.
Ne vous emportez pas non plus sur le marché Chinois, il est encore jeune, mais je peux vous dire que nous voyons sur Shanghai et bien Hong Kong des prémices de marché orienté moyenne gamme (le marché haut de gamme n'est en fait pour le moment pas des amateurs, juste des nouveaux riches voulant le plus cher).v Par "monstre sacré", j'entendais justement cette dérive des officiels chinois qui consiste à ne parler que des 1er cru classé d'un classement, je ne vous apprends rien, datant de centaine d'année et qu'on peut aujourd'hui remettre en cause bien souvent et dont les prix flambent à des niveaux inconnus jusqu'alors...
Néanmoins, nous ne changeront pas ces consciences en un jour bien que nous souhaitons être les acteurs de ces changements.
Concernant notre demande, les coopératives produisent des vins pour ce marché (1 à 3 Euros, bien entendu nous essayons de tirer les prix vers le haut) qui à mon avis restera existant et dont la France ne doit pas se priver car au final c'est un marché de non amateur et qui ne souhaite pas le devenir (ces vins finissent en boite de nuit généralement...).
Je vous prie de m'excuser dans tous les cas, même si nos avis divergent (ce dont je doute en réalité, il s'agit à mon avis d'une incompréhension sur la nature de notre entreprise ; mais je peux comprendre votre réaction).
Très amicalement, Jim Dorra


Réponse de HB---------------------------------------------------


Merci pour votre réponse, et d’avoir pris du temps pour le faire.

Un amoureux des femmes ne bat pas la sienne. Un amoureux du Roussillon ne cherche pas des vins à un euro, destructeurs du paysages, d'économie, de lien social. Seuls comptent les actes. Ils parlent d’eux mêmes, désolé. Le "fait ce que je dis, pas ce que je fais", j'y ai gouté dans ma jeunesse, ça marche plus avec moi.

Si les chinois veulent boire des vins à un euro, qu’ils boivent des vins de table. Ce que font d'ailleurs certaines personnes en France. Mais ça se calme, hein... Qu'ils aient la qualité en rapport avec leur choix, financiers et personnels. Pas des AOC au rendement moyen cette année de 25 hl/ha dans le département. Quand j’achète un jouet à 2 euros, en plastique, made in China, je ne m’étonne pas qu’il soit détruit par mes enfants en moins de 24 heures. Pour deux euros, je ne demande pas aux chinois des jouets en bois, de qualité, qui soient beaux, ludiques, fonctionnels et solides. Pourquoi en serait il autrement dans le vin ?

Ce qui me choque, ce n’est pas le prix que vous demandez (moins cher que l’eau minérale française vendue en Chine, sic), c’est la qualité que vous demandez en regard de ce prix misérable lorsque l’on a enlevé ne serait ce que les coûts de mise en bouteille et de stockage.

Qui prendra l’oseille, au fait ? Vous, bien sûr. Et le Chinois qui les revendra à ses copains dans “les boites de nuit”. Où est l’éthique ? Où est le commerce équitable dans le sens nord-sud ? Un comble que de dire cela, non ?

A habituer les Chinois à boire du mauvais vin au plus bas prix, c’est répondre à une demande de gens qui veulent se bourrer la gueule. Pas les former à une culture, au respect d’une origine, à l’admiration pour le travail d'autres paysans, ailleurs, différents, mais qui trouvent la terre tout aussi basse. Ce respect que j'ai pour le thé, par exemple, et qui me semble facile à comprendre, car ce respect, cette connaissance, voilà qui est créateur de plaisir, de richesse et de durée pour tous.

Oh, rassurez vous, vous n’êtes pas le seul à me tenir de tels discours de “justification”.

Je suis désormais sans doute personæ non grata chez AIR FRANCE, dont l’acheteuse, m’a dernièrement renvoyé sur les roses et annoncé joyeusement que pour la classe affaire, à 4 000 euros le billet mini, elle n' achètera JAMAIS un vin du Languedoc-Roussillon à plus de 5 euros... Un Bordeaux, oui. Un L.R., non. Je lui ai dit que c’était honteux d’avoir de tels aprioris (et qu'au moins, elle pouvait le dire avant de lancer des appels d'offres; mais il faudrait du courage pour le faire et l'écrire). Et je le lui ai même écrit, avec cette faconde qui plait tant aux lecteurs de ce blog mais qui me dessert, parfois, vous vous en doutez bien. Le croirez vous, elle l’a mal pris!, habituée sans doute à voir en face d’elle des vignerons du Sud qui acceptent beaucoup, ce que je peux comprendre quand on y est obligé pour manger, mais aussi baissent la tête et ferment leur gueule. Vous m’excuserez, je ne suis pas de ceux là, et si je ne peux vendre mon vin à son juste prix, corrélé tant à ses coûts de production,  à ses rendements et à sa qualité intrinsèque, je préfère abandonner tout de suite que crever à petit feu.

Je ne vous en veux bien sûr pas. Chacun gagne sa vie comme il peut. Mais je tenais à vous faire toucher du doigt qu’à chaque container de vin à 1 euro (ou moins, vous en trouverez...) du Roussillon que vous expédierez, c’est à l’arrachage d’un hectare dans les PO que vous aurez contribué.

Chacun ses choix. Chacun ses contradictions. A chacun de les assumer.

Cordialement cette fois ci, Hervé Bizeul

P.S. : je vous conseille la lecture de ce billet, édifiant, d’un confrère en cave coopérative. Peut-être pouvez vous essayer de vous mettre à sa place, pour comprendre ce qu’il ressent lorsqu’il écrit cela ?

C'est ICI. Et sa coop vend bien plus d'un euro...

Correspondance commerciale


Je reçois ce mail et je vous en fais profiter...


Bonjour,


Nous sommes un réseau de négociants, sommeliers et acheteurs orientés vers le marché Chinois (je suis le seul français servant de relais/porte-parole en France).


Votre contact m'a été transmis sur une liste du syndicat interprofessionnel.
Nous croyons dans une implantation rapide des vins du Languedoc-Roussillon en Chine grâce à leur rapport qualité/prix et souhaitons donc promouvoir et vendre ces vins.

Nous avons démarré nos premières actions de communications récemment et notamment organisé des voyages et dégustations de plusieurs acheteurs chinois accueilli sur Montpellier lors de ViniSud.
Pour ma part, je suis établi sur Bordeaux et Paris (Bordeaux restant un monstre sacré en Chine...).
Aujourd'hui, nous obtenons nos premières demandes commerciales suite à ces actions et souhaitons trouver des fournisseurs adéquates à ces demandes (je pense aux coopératives principalement, pour soutenir les volumes et atteindre les objectifs de prix pour le moment bas).
Je vous transmets la demande la plus pressée :


- 3 à 5 références de vin rouge uniquement.

- Quantité achetée au départ 1 à 2 container (suivant le tarif). Si le vin est apprécié, quantité renouvelable tous les mois (pour ce client uniquement).

- Prix du vin aux alentour de 1 Euro (nous essayerons de pousser vers le haut)


En terme de goût :
  
- Un vin très rond
   
- tannins soyeux (la cuisine chinoise se prête mal aux tannins puissants)
  
- attaque en bouche légère (pas de sensation alcoolique impérative)
   
- arôme sur le fruit
   
- l'appellation et le millésime ne sera pas un caractère discriminatoire (seul le goût fera l'objet du choix)


Planning et échéances sur ce client :
   
- Première semaine (semaine prochaine) : contact téléphonique, e-mail de demande de précision
   
- Échantillons réceptionnés dans les 2 semaines : une session de dégustation à l'aveugle doit être faite regroupée.
   
- Prise de décision sera fera dans les 2 semaines suivantes (présentation des vins aux acheteurs).
Dans l'attente de votre proposition.


Cordialement,
Jim DORRA

J'y réponds gentiment :

Cher Monsieur,


Dans votre entreprise de fossoyeur du vignoble du Roussillon (cf vos demandes de vins aux "alentours" de 1 euro/bt), je vous serai reconnaissant de bien vouloir ne plus m’importuner.


Je produis en effet des vins “ronds, aux tannins soyeux, sur le fruit”. Mais pas à un euro.


Bordeaux, “monstre sacré”, vous fournira j’en suis certain des containers de vins à 1 euro, sur lesquels vous pourrez vous enrichir à bon compte, contribuant, à chaque container, à la ruine d’un nouveau domaine, au malheur d’une nouvelle famille, à l’arrachage d’un nouveau coteau.


Pour ma part, je préférerai arracher mes vignes et vendre ma maison tout de suite plutôt que d’entrer dans cette spirale qui, de toute façon, aura exactement ce résultat à très court terme, m’évitant ainsi des années de malheur et d’un travail d’une pénibilité telle qu’un chinois n’en voudrait sans doute pas.


Je transmets votre demande et ma réponse à mon syndicat, dont je m’étonne qu’il collabore à cette entreprise de destruction pure et simple de notre patrimoine viticole roussillonnais, passé de 4 millions d’hl en 1970 à 725 000 cette année. Encore un effort, et le problème aura disparu avec les vignes.

Merci de vos efforts pour y arriver plus vite.

Je ne doute pas que vous trouverez chez nous des producteurs assez désespérés pour vous faire des offres. Ils contribueront, j'en suis sûr, à l'implantation d'une bonne image de nos vins en Chine... Mais ne comptez pas sur moi pour participer au massacre.


En espérant que vous dormez la nuit, pas cordialement, Hervé Bizeul



Des lendemains vaseux...

Pas trouvé d'autre mot pour ma journée d'aujourd'hui... Lever difficile, courbatures partout et déjà il faut courir pour remonter le lave verre, remettre l'eurocave à sa place, ranger les verres, les tables, les chaises, les panneaux de terre (tiens, il faudra que je vous en parle, un jour, des panneaux de terre), les trucs, les machins, les bidules.

Toute la journée, on se dit qu'il faudrait rentrer les cartes de visite sur l'ordinateur, commencer à répondre aux demandes, envoyer des mails, mais, franchement, l'énergie n'y est plus.

On est comme vidé, un peu hagard, franchement amorphe. Même pas le courage d'écrire un billet digne de ce nom.

Idiot, au final, de rester au bureau un lendemain de salon. J'aurais mieux fait d'aller marcher dans les vignes ou les oliviers, de bon matin, pour me ressourcer ou carrément aller avec l'équipe du salon déjeuner au restaurant pour échanger anecdotes et impressions. Puis un petit cinéma, où je ne suis pas allé depuis des mois. Dans deux ans, on fera ça, hein ?

Ça ira mieux demain...

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