Le Clos des Fées au jour le jour

Traitements

On me dit souvent que ce blog manque d'images, de photos... J'en conviens. Vivant au quotidien dans la nature et dans les vignes, on ne voit parfois plus ce qui manquent à ceux qui vivent ailleurs...

On me dit aussi que je n'explique pas assez souvent ma vie de vigneron au quotidien. J'en convient aussi. Mais je pensais que d'autres le feraient, que ce ne serait pas à moi de montrer le quotidien du vigneron. Peu s'y sont lancer. Je trouve ça dommage. Parfois, une photo, un geste, une  moment suffit à expliquer beaucoup plus de chose qu'un long texte comme j'aime les écrire ;-) Et puis on aurait eu en temps réel des « calendriers vignerons » de toutes les régions, ce qui aurait permis à tous de suivre presque en temps réel l'évolution climatique d'un millésime.

J'aime bien par exemple le blog de Vincent Dancer qui possède un talent de photographe (et un matériel, sans doute aussi...) que je n'ai pas. Je vous le conseille, c'est magnifique...

Bon, donc, dans les jours qui viennent, on va essayer de mettre un peu de vert dans ce blog ;-)

Aujourd'hui, c'est des tracteurs dans les vignes.

L'un, au Mas de la Chique, traite au pulvérisateur pneumatique, tri-turbine, et, avec à peine deux cent litres de bouillie à l'hectare, va consteller les feuilles de micro-impact de souffre mouillable et positionner en même temps le premier traitement contre les verts de la grappes.


L'autre, au Clos des Fées, poudre les vignes en confusion sexuelle, en répandant de gros nuages de soufre qui vont, sous l'effet du soleil, sublimer et dont les vapeurs protègeront les vignes contre l'oïdium

Nouveau site et offre primeur

Bien, chers amis, c'est ça le miracle de l'internet : vous avez beau être à l'autre bout du monde, on continue, entre deux dégustations, de vous faire travailler comme si vous étiez au domaine. Mals, comptabilité, problèmes de personnel, de matériel, de logiciel, entre le téléphone, les mails, skype (super pour garder le contact avec les enfants, c'est sûr..), le quotidien continue.

Et donc, surprise, la nouvelle version du site internet est en ligne à l'adresse www.closdesfees.com ou en cliquant ICI. Un peu nouveau mais pas trop, avec des photos sympas, quelques textes révisés et complétés, deux ou trois nouveautés, je suis assez content du résultat. J'espère que vous aimerez. Il ne manque plus que la boutique en ligne, c'est en cours...

Influencé (déformé ?) par les vendeurs de vidéo de New-York, qui vous attrapent par le bras devant leur magasin et qui vous vendraient des trucs insensés, j'ose, ce qui n'est pas ma nature (je suis français, je vous le rappelle ;-), vous signaler aussi que l'offre primeur du millésime 2007 est, par la même occasion, téléchargeable sur la première page dudit site... Et oui, je vends, de temps en temps, le vin que je produis ;-). Et je n'en ai nulle honte, bien au contraire. Si vous ne deviez acheter qu'un 2007, c'est dans le Sud qu'il faut le faire et, sans rire, dans le Roussillon en particulier. Pour le domaine, j'ai une petite idée, mais bon, chut ;-)

Allez, long vol pour San-Francisco aujourd'hui, j'aurai le temps dans l'avion de raconter ma journée d'hier. A demain.

Levons la confusion

Daniel me demande ce qu'est la confusion sexuelle. Voici ce qu'en dit l'INRA, peux pas mieux faire...

La phéromone, outil de séduction chez les papillons
La phéromone est l’odeur produite par la femelle pour attirer le mâle jusqu’à elle et permettre la reproduction.
La composition chimique de cette odeur, fabriquée par synthèse chimique, est aussi complexe qu’un parfum.

Pourquoi appeler cette lutte :  « confusion sexuelle » ?
La confusion sexuelle vise à rompre la communication chimique entre les femelles et les mâles d’une espèce ; on diffuse sur les cultures une quantité de phéromone de synthèse telle, que les mâles sont incapables de reconnaître à travers ce « bruit de fond » le message chimique émis par la femelle de leur espèce. La reproduction est alors impossible. Cette technique de confusion sexuelle s’applique sur les papillons, ravageurs des vergers et de la vigne. Mais elle nécessite une mise en place manuelle d’environ 500 diffuseurs par hectare : elle ne peut donc pas aisément s’appliquer aux grandes cultures...

Début des travaux en vert

Mardi 9 avril 2008, début des travaux en vert au Clos des Fées.

Temps glacial, étonnement froid pour un début d'avril. La fin de l'hiver et le début du printemps semblent décidés à jouer au yoyo : cinq jours de beau, une semaine de froid, une semaine de chaud, une vague de froid; et pratiquement chaque jour, du vent. La vigne a débourré mais on dirait qu'elle ne sait pas s'il faut pousser ou attendre. Ca me fait penser à ces dimanche où, tout content, on se lève pour aller conquérir le monde et, après un regard à la fenêtre, on se remet vite fait sous la couette. Enfin, ça, c'était avant les enfants ;-). De toute façon, s'il continue à ne pas pleuvoir (le dernier véritable orage date... de novembre), ça va pas pousser bien ni bien vite ni bien fort, et ce n'est pas cette année que l'on risque de dépasser la barrière légendaire des 20 hl/ha... Pourtant, le ciel est souvent gris, la flotte juste là, au dessus de nous, mais rien ne tombe. Qui connait un faiseur de pluie ? ;-)

Premier passage sur les Syrah, pour dédoublonnage et premier ébourgeonnage du pied. Désolé, mauvaise lumière, j'ai pas fait de photo. On en profite pour positionner la confusion sexuelle. Comme aucune parcelle n'est carrée, on passe beaucoup de temps pour parfaitement couvrir la parcelle d'un quadrillage serré de capsules de phéromone. Et comme les parcelles sont plus petites que ce qui est normalement admis par le fabricant, il faut déborder sur la garrigue et surtout, surtout ne pas en oublier une seule, sous peine de voir remis en question tout le procédé de protection. C'est long, c'est cher, mais c'est bon pour l'environnement et cela évitera trois ou quatre pesticides. Alors...

Plus de peur que de mal


Faut-il, dans un blog, n’évoquer que les bonnes nouvelles ? N’indiquer que ses récompenses, ses succès, ses réussites ? Je me suis posé la question, hier, pendant un bon moment, et puis, bien sûr, j’ai répondu non.

Un blog de vigneron, c’est la « vie » d’un vigneron et, comme dans toute vie, il y a des bons et des mauvais jours. Oh, bien sûr, il ne faut pas tomber dans le style « blog des lamentations », encore que, j’en suis presque certain ce genre de blog aurait vite fait de générer un sacré trafic sur la toile. Mais passer sous silence les mauvais jours serait malhonnête.

Bon, vous avez compris, hier, c’était un jour sans. Oh, rien de grave, rassurez vous, mais ça aurait pu. Pierre, notre nouveau tractoriste, s’est renversé avec le Fendt dans un coteau où pente et dévers se conjuguent dans un passage que l’on pourrait qualifier de « trialisant ». Excès de confiance dans le matériel, le meilleur de sa catégorie pourtant. Il a beau être un tractoriste expert et un homme aussi sensé que prudent, quelques tours de moteur en trop, une pierre glissante et mal placée, quelques centimètres de trop ou de pas assez, et, en, tournant, le cadre lourd au cul, il s’est renversé, pouf, comme une feuille. Pas une égratignure mais beaucoup d’émotion et d’adrénaline. Il y a des jours comme ça où l’on se félicite d’avoir la chance de pouvoir acheter (grâce aux fans du Clos des Fées, merci tous - ;) le meilleur des tracteurs, le plus sûr, le plus solide, le plus sécurisé. La cabine n’a même pas bougée, mais que se serait-il passé sur un tracteur plus ancien, juste muni d’un arceau de sécurité qui, peut être, n’aurait pas résisté ? Oui, le métier de vigneron est un métier dangereux et je ne connais pas de collègue qui n’ait, dans son village ou son appellation un parent, un collègue qui ait perdu un doigt d'un coup de sécateur ou d'un écrasement, eu un pied broyé dans une pompe à marc, ou qui soit mort, affreusement écrasé par son tracteur renversé, atrocement seul. Et ne parlons pas des asphyxies au fond des cuves, encore trop fréquentes. Rien qu’à Vingrau et dans les villages alentours, il me revient en mémoire trois, quatre accidents graves de ce genre. Brrrr...

Planter en coteaux, choisir des vignobles extrêmes, c’est aussi prendre des risques « physiques ». En buvant votre verre de vin, ce midi ou ce soir, je propose que, silencieusement, dans votre tête, vous ayez une pensé pour tous ces vignerons passionnés disparus ou diminués dans leur chair.

Bon, j’aurais aimé finir sur une pirouette, mais je trouve pas. On a fini la matinée à redresser le tracteur avec des sangles et un tractopelle, à ré-enclencher les sécurités du moteur, qui est reparti au quart de tour. On en est quitte pour une vitre brisée et un rétroviseur, mais il y a des factures comme cela qu’on a plaisir à payer, quand on pense à ce qui aurait pu arriver.

page 1 de 20 -