La cuisine du Clos des Fées
Tuber mélanosporum, mon amour...
J’ai décidé de commencer aujourd’hui une petite série de recettes autour de la truffe.
En dehors du fait, je l’espère, que certaines d’entres elles vous feront saliver au point que je vous demanderai d’étaler au préalable un morceau de papier absorbant devant votre clavier ou sur votre pull :-)), cette série de recettes a deux objectifs qu'il me semble inutile de vouloir dissimuler.
Premièrement, il s’agit de me simplifier la vie. Voici une bonne vingtaine d’années que je cuisine des truffes pour mes amis, lorsque la saison est bonne et lorsque mes moyens me le permettent. Même dans mes années les plus noires sur le plan financier, même les années où elles ont atteint des prix ridicules, j'ai toujours trouvé une centaine de francs pour casser trois oeufs brouillés, les truffer et les partager avec un ami cher. A chaque repas ou presque, l'un d'entre eux me demandait la recette du met dont il était en train de se délecter. J'ai pourtant l'impression que ma façon de servir la truffe est si simple, si évidente, qu'il suffit de déguster pour comprendre comment le plat a été fait. Mais ce serait oublier un peu vite ma formation de cuisinier qui, bien que lointaine, m'a servie tout au long de ma vie. Alors, je pense qu’il est temps de mettre mes trucs et mes recettes sur le papier. Après chaque repas, il suffira de renvoyer les curieux à ce blog ;-))
Deuxièmement, et bien QUE cela fasse sans doute frémir Claudine quand elle lira ses lignes car elle déteste quand je parle de cela, je pense souvent au fait que la vie ne tient qu’à un fil, que nous ne sommes qu’un souffle, et qu’à tout moment, ce que mon assureur (Patrick, si tu me lis… ;-) appelle pudiquement « un accident de la vie » peut m’emporter. Quelques jours plus tard, je ne serai regretté que de quelques-uns. Quelques dizaines d’années après, je serai oublié de tous, ainsi va la vie. Il me semble alors important de laisser à mes enfants quelques fines recettes et quelques bonnes bouteilles, en pensant qu’un jour, que j’espère le plus lointain possible, ils penseront à moi en tournant leur œufs brouillés ou en moulinant leur purée aux truffes. La nourriture apportant un plaisir immédiat et toujours certain, chose trop rare dans la vie quand on y pense, j’aime l’idée qu’on se souvienne de moi en s’enfournant une belle cuillère de haricots tièdes et parfumés dans la bouche ou en sauçant avec concentration la sauce aux truffes d’un magret de canard. ;-)). (François, si tu me lis, toi, tu me comprends ;-))
L’époque où l’on gravait dans le marbre étant terminée, c’est donc à ce blog, chaque année, que je confierai la lourde tâche de transmettre quelques uns de mes tours de mains et modestes « secrets » de cuisine.
Fin du moment « émotion » ;-)) Passons au préambule. Et au sujet, la Truffe.
Pour moi, la Truffe est un condiment, un rajout de dernière minute qu'il faut le plus souvent possible servir cru. Oh, mon métier m'a permis de déguster à mainte repriseS des plats complexes, mitonnés par quelques-uns des meilleurs cuisiniers du monde. Je les ai savourés toujours avec curiosité et appétit, souvent avec plaisir, mais je me suis aussi parfois pris à penser que la Truffe, qu'ils s'évertuaient à intégrer dans un de leur plat alambiqué, aurait connue une fin plus honorable dans une salade de pommes de terre ou dans une omelette baveuse.
Les livres sur la Truffe pullulent et vous y trouverez la réponse à toutes vos questions. Là n'est pas l'objet de ces quelques billets. Mais il me semble bon de commencer cette série de recettes par :
« Quelques conseils pratiques et vision personnelle du champignon adoré ».
Contrairement aux idées reçues, la cuisine aux idées reçues, la cuisine aux truffes ne revient pas très cher. 5 à 10 g par personne suffisent dans toutes les recettes que je pratique, et, au final, un plat revient souvent moins cher qu'un plat de viande, de poisson ou de crustacés. L'élément complémentaire, pomme de terre, œuf ou haricot ne coûte en effet que quelques fifrelins. Quelle que soit votre générosité, il est, croyez-moi, inutile de mettre beaucoup plus de truffes. Le plat n'en serait pas meilleur, certains de vos convives pourraient êtres gênés par trop de puissance et… Vous pourriez passer pour un parvenu. Si la saison commence aujourd'hui dès la mi-novembre et se termine fin mars, avec quelquefois de belles truffes jusqu'en avril, le véritable amateur ne cuisine à mon sens les truffes qu'après les fêtes de fin d'année. Le froid les fait mûrir, elles sont parfumées à souhait et leur prix redevient puis raisonnable.
Au début, commencez à l'acheter brossée et bien nettoyée chez un marchand de confiance. Elle sera certes plus chère, mais le plaisir sera alors garanti, ce qui n’est pas rien, quand on prend le temps d’y réfléchir. Plus tard, vous prendrez autant, voire plus, de plaisir à aller sur un marché de campagne, ou à vous en faire envoyer des truffes « brutes », pleine de terre, par un producteur de vos amis. Elle garde mieux ainsi ses arômes et le toilettage, soigneux, sous l'eau froide, à l'aide dune brosse à dents ou à ongles que l'on réservera pour l'occasion est une sorte de préliminaire. La conservation, 8 à 15 jours après récolte, se fait dans un récipient en plastique parfaitement hermétique avec un fond de papier essuie-tout qui va absorber l’excès d'humidité et empêcher les truffes de pourrir. En cas de quantités importantes, n'hésitez pas à doubler le récipient sous peine de voir votre frigo " parfumé " pour longtemps (un récipient hermétique dans un autre récipient hermétique, pour ceux qui ont la comprenette un peu lente ;-))
On peut aussi la congeler. Certains emballent alors chaque truffe dans un papier aluminium, d'autres les coupent finement avant de les congeler. Il est ainsi plus aisé de pouvoir disposer de la quantité qui vous est strictement nécessaire. J’aime bien ça, car cela permet aussi de « mutualiser » les goûts, ce qui est loin d’être idiot, chaque truffe ayant sa personnalité et son intensité aromatique propre.
Rapidement, un coupe-truffe ou une mandoline à truffes vous sera indispensable. Pour une vingtaine d'euros seulement, vous vous faciliterez grandement la vie, augmenterez le plaisir et le rendement. Un achat judicieux. Un dernier conseil : dans ce genre de cuisine d'une infinie simplicité, la qualité des produits de base est primordiale. Sans de bons oeufs ou de bonnes pommes de terre, pas de bonne cuisine aux truffes. On remarquera d'ailleurs que tout producteur qui se respecte a bien souvent quelques poules à proximité, qu’il appelle par leurs prénoms, histoire d'être sûr d'avoir toujours sous la main quelques oeufs de qualité. Enfin, ne négligez ni le pain, ni le vin que vous servirez avec votre plat. Comme Churchill, la truffe « n'est pas difficile, elle se contente de ce qu'il y a de mieux ». Mais elle doit rester un met simple qui se mange simplement. Avec appétit.
La semaine prochaine, je vous dévoilerai, pour commencer fort, le secret ultime des œufs brouillés. Celui qui vous permettra désormais de réussir à coup sûr de ces œufs brouillés dont on se souvient toute sa vie…
Confiturons, mes amis, confiturons
Ça y est, on est en juillet. Le 12, exactement. Demain, dernier jour des travaux en vert. Ouf. On peut se relâcher un peu, si vous le voulez bien. Il reste bien sûr quelques parcelles à arroser, quelques vignes à attacher sur leurs échalas, un ou deux traitements, selon les parcelles. A noter que certaines n’auront vu que trois poudrages au soufre et un soufre mouillable cette année… Dans l'ensemble, on pourrait penser que le plus dur est fait et, écrasé par une chaleur de plomb somme toute habituelle ici, qu’il serait temps de s’accorder un peu de temps pour ma traditionnelle semaine de confiture.
Ceux qui étaient là l'année dernière se souviennent de mon billet sur les confitures. Je le mets en lien, ICI, pour les autres.
Cet hiver, je suis passé voir Christine Ferber à Niedemorschihr, un petit village à peine plus grand que Vingrau où, pourtant, l'on vient du monde entier pour acheter ses confitures, ses aigres-doux, ses tartes, ses gâteaux, ses chocolats… J'arrête, tout, chez elle, est merveilleux et j'aimerais avoir un peu de temps, un jour, pour repartir en cuisine, chez elle, un jour ou deux par an, histoire de remettre une tenue de cuisinier et replonger mes mains dans la farine.
En attendant, je confiture, à ma façon, à mon petit niveau, me contentant de sublimer, grâce à sa recette, quelques kilos d’abricots « Rouge du Roussillon », une formidable variété locale.
Le « rouge du Roussillon », c'est un petit fruit arrondi et légèrement oblongue, à la peau veloutée, duveteuse qui, parfaitement mûr, voit sa face la plus ensoleillée se colorer jusqu’à devenir rouge foncé. Sa chair est ferme, fondante, particulièrement parfumée lorsque l'abricot est à maturité. Mais il ramollit rapidement, reste fragile et, comme tous les abricots, les producteurs le ramassent presque vert pour pouvoir le calibrer et l'expédier selon les règles de la distribution moderne. Passons. On en trouve pratiquement que dans les Pyrénées Orientales, fin juin, début juillet et l’on ne fait pas mieux pour la confiture.
Je vous ai fait une petite photo de l'arbre. Tout le verger de mon ami Françis est ramassé depuis plus de 10 jours. Il m'a laissé un jeune arbre, une bonne quinzaine de kilos pendu dessus et, là, il est temps de le ramasser.

Je vous assure qu'un abricot mûri sur l'arbre, juteux et fondant, possède un goût unique que, jamais au grand jamais, vous ne pourrez trouver dans un abricot acheté en hyper. C’est comme si l’on mettait dans sa bouche un peu de soleil. Un rayon de miel. Un morceau de gaze pulpeuse/mousseuse/fondante, tant la texture du fruit est unique. Un bonheur.
Comme pour les cerises et le raisin, le tout est de le ramasser parfaitement mûr, sur son arbre, afin d’une part d’avoir le maximum de parfum, en quantité, en qualité et en complexité et, de plus, de diminuer la quantité de sucre. Allez, cette année, je vous dévoile ma recette, un peu différente de celle de Christine. Elle mélange plusieurs techniques, fait intervenir un macération à froid pour extraire les parfums, puis une extraction à chaud (pour la couleur, magnifique), le tout suivi d’une cuisson courte, les abricots étant déjà confits, pour respecter au maximum le fruit. Le fait de retirer la peau demande un peu plus de travail mais donne un résultat inoubliable, plus rien ne séparant l’abricot des muqueuses. Bon, qu’est ce que je raconte encore, là ;-)).
Bon attention quand même, pour que vous ne veniez pas vous plaindre : une fois que l’on a goûté la confiture d’abricot pelé selon la recette qui suit, impossible de revenir en arrière, toutes les autres confitures d’abricot paressent fades. A bon entendeur, salut les amis.
Sur une idée de Christine Ferber, la confiture d’abricot à la vanille.
Recette pour 3 kilos d’abricots, le maximum que l’on peut cuire correctement dans une bassine à confiture. Pour moins, faire une division…
3,5 kilos d' Abricots « Rouge du Roussillon »
2 Jus de citron
2 Kg de sucre cristallisé si les abricots sont parfaitement mûrs
- 2 gousse(s) de Vanille
Le premier soir.
Rincez les abricots à l'eau fraîche. Coupez-les en deux afin de les dénoyauter, les jeter au fur et à mesure dans un grand saladier.
Presser les citrons, recueillir le jus, enlever les pépins. Couper les gousses de vanille en deux dans le sens de la longueur, faire tomber les graines avec la pointe d’un couteau. Ajouter le tout aux abricots, verser le sucre en poudre par dessus. Remuer un peu le saladier pour que chaque abricot soit tout collant de sucre.
On peut aussi utiliser un gros Tuperware, que l’on retourne plusieurs fois.
Couvrez d'une feuille de papier sulfurisé. Réservez au frais et laissez macérer une nuit au réfrigérateur.
Le lendemain matin, avant de partir au boulot (si vous êtes salarié…) ou en revenant de la vigne, vers 11 h (si vous êtes vigneron…), commencez à gouter un abricot confit à froid. Faire hummmm. Versez délicatement vos abricots sucrés dans la bassine à confiture, bien racler le sirop qui est au fond et portez au frémissement. Il faut que cela soit à peine chaud, inutile que cela bouille. Les oreillons doivent être chauds à cœur, pas plus. Donc, pas d’écume, s’il vous plait. Ca ressemble à ça :

Versez à nouveau dans la terrine. Couvrir d'une feuille de la même feuille de papier sulfurisé et réservez au frais pendant une nuit.
Le deuxième jour, verser cette préparation dans une passoire posée au milieu de la bassine à confiture (jamais ma femme ne m'a fait un cadeau plus utile... Merci, Clo ;-). Laisser s’égoutter cinq minutes. Pendant ce temps, mettre une assiette tout ce qu’il y a de plus normal au congélateur. Revenir devant la bassine. Du bout des doigts, pincer la partie ronde de l’oreillon : la peau glisse facilement et l’abricot pelé tombe dans un autre récipient, dont la forme et la nature importe peu, et que vous aurez eu l’intelligence de mettre sous l’abricot pour éviter qu’il ne s’écrase dans votre évier… Ne pas trop se lécher les doigts, parce que c’est déjà drôlement bon…
À la fin de l’opération, vous avez donc d’un côté le sirop, de l’autre les oreillons confits pelés, de l’autre encore les peaux. Essayer de trouver une utilité pour les peaux. Moi, je n’y suis pas arrivé. Si oui, écrire la solution sur la partie commentaire de ce blog. Si non, faire comme moi et les foutre à la poubelle :-))
Portez le sirop recueilli à ébullition pendant cinq minutes environ, puis baisser un peu le feu et le laisser se concentrer doucement en écumant tout le temps. En théorie, si vous avez un thermomètre à sucre (Alain Ducasse, si tu me lis, toi tu dois avoir un thermomètre à sucre, j’en suis sûr ;-)), notez que le sirop doit se concentrer à 105° C . Je sais Alain, on appelle ça le « petit perlé ». Mais tu vois, ici, tout le monde s’en fout, du petit perlé ;-))
Bon, donc, comme vous n’avez pas plus de thermomètre à sucre que moi, ll vous faut laisser parler votre instinct et acquérir ce que l’on appelle, dans le language vulgaire de l'artisan de base un «savoir faire… » On regarde la confiture, on la tourne, on la fait couler d’une dizaine de centimètre de haut pour voir comment elle tombe, on « sent » sa consistance. Peu à peu, elle devient sirupeuse. Si on a un doute, on en met une cuillère à soupe sur une assiette qu’on sort du congélateur (ah bon, vous l'aviez pas mis ? Dommage ;-)). Puis on passe le doigt au milieu, pour ouvrir un chemin, un peu comme Moïse, vous voyez ? Si les deux rives restent solidement de leur côté, c’est bon. Sinon, on fait cuire un peu plus. Ajouter les oreillons d'abricot. Redonner un petit bouillon de cinq, six minutes en remuant délicatement, écumer soigneusement. Ils deviennent translucides. C'est fini. Champion du monde.
Retirer alors les gousses de vanille. Mettez votre confiture en pot. Si vous n’avez pas d’entonnoir à confiture, mettez en un peu partout et jurez vous d’aller en acheter un.
Couper la vanille en petits bâtonnets de deux ou trois centimètre et les glisser verticalement dans chaque pot, collé au verre. qui décoreront les facettes des pots.
Laisser prendre. Pendant ce temps, faire la vaiselle. (mais oui, mesdames, je fais AUSSI la vaiselle).
Selon la nature du pot, visser, couvrez de paraffine ou couvrir d’un papier cristal trempé dans l’eau de vie. Moi, je prend des pots anciens, alors, je prend l'option paraffine. D'ailleurs, si vous trouvez quelques pots anciens pas trop chers dans une brocante, pensez à moi, en train de suer devant ma marmite. Si vous passez au domaine, si vous m'en apportez deux ou trois vides et avec un peu de style, je vous en donnerais peut-être un plein ;-))
Bon, si vous avez réussi, la confiture a une couleur magnifique, est parfaite, chaque oreillon étant un pur bonheur. Au début, n’en faites qu’un kilo à la fois. Comme ça, vous pourrez voir quand elle est trop cuite (la principale erreur du débutant) ou pas assez. Rapidement, vos amis, à chaque passage, vous demanderont d’un ton innocent : « au fait, tu n’as pas fait de confiture, cette année ? »
Allez, à vos bassines !
P.S. : on peut encore diminuer la dose de sucre (jusqu'à 50 %) mais il faudra alors la conserver au réfrigérateur.
Clafoutis aux Cerises
Ingrédients pour 6 personnes
500 à 600 g de cerises bien mûres
3 gros œufs entiers
25 cl de crème fleurette
4 cuillères à soupe de sucre semoule
1/2 gousse de vanille
Préchauffer le four à 200° (thermostat 5).
Dans un saladier, mettre la crème fleurette. Ouvrir la gousse de vanille dans le sens de la longueur, faire tomber les petits grains parfumés dans la crème, ajouter la gousse. Remuer pour que les parfums se mélangent (si vous avez le temps, laisser infuser une heure au réfrigérateur…)
Si vous ne connaissez pas personnellement l’arbre d’où vos cerises proviennent, passez les rapidement sous l’eau froide, dans une passoire, sans les laisser tremper. Si vous êtes de ceux qui préfèrent la facilité ou si vous avez des enfants, ouvrir les cerises en deux et retirer les noyaux. Si vous êtes un gars ou une fille très « spéciale », en profiter pour sortir du coin le plus reculé de votre placard votre « machine à dénoyauter les cerises » (si, si, ça existe...). Mesdames, noter qu’un homme qui possède chez lui un dénoyauteur à cerises est une denrée rare, qui, en ces temps de coupe du monde de football, possède des avantages certains ;-)). Si votre mari lit ce blog, aime faire la cuisine, et n'est pas encore assez pervers pour possèder un outil de ce genre, penser que la fête des pères, c'est bientôt ;-)). Si vous avez des enfants et n'avez pas digéré son collier en nouillle de la fête des mères, rendez leur la pareille en leur faisant réaliser un dénoyauteur artisanal. La technique ICI.
Étaler les cerises dans le fond d’un plat à gratin, si vous avez été assez tarte pour ne pas le faire directement en les dénoyautant (un truc de plus à laver). Si vous n’arrivez pas à vous décider, faire moitié avec noyaux, et moitié sans noyaux et arrêtez de vous prendre la tête. Comme ça, tout le monde sera content ;-).
Ôter la gousse de vanille de la crème fleurette. Casser les œufs entiers dans la crème, puis y ajouter le sucre. Travailler le tout énergiquement pour obtenir une pâte bien fluide. Si vous aimez le clafoutis « solide », rajouter deux cuillères à soupe de farine rase, ou, c’est pas mal aussi, deux cuillères à soupe de poudre d’amandes. Sinon, si vous l’aimez comme moi un peu « tremblotant », choisissez la simplicité et versez là délicatement sur les cerises sans rien rajouter.
Enfourner pour 25 minutes. En le sortant, saupoudrer d’un peu sucre glace. Servir tiède. Déguster. Sourire en pensant au dénoyauteur à cerise artisanal...;-))
Fraises au Maury
Mon premier vin, je l'ai fait à Maury. J'aime cette appellation. J'aime ses paysages. J'aime ses vins. Et voir cette appellation unique au monde s'effondrer un peu plus chaque année qui passe me fend le cœur. Pour moi, c'est inexplicable. Je ne connais personne à qui je n’ai servi un petit verre d'un vintage de qualité à l'apéritif qui n'ait eu envie de me voler la bouteille. Personne qui n'ait été surpris et charmé par un 6 ans d'âge, vieilli en bonbonne de verre, sur un beau Roquefort ou une fourme d'Ambert. Et ne parlons pas de l'accord d'un vieux Maury et d'un gâteau au chocolat, accord mis au point par mon ami Didier Bureau à la grande époque de l'Archestrate et qui semble si évident aujourd'hui à tout le monde qu'on le croit traditionnel. Et pourtant, l'AOC Maury est en crise. Inexplicable.
Bon, au lieu de se lamenter, je voulais vous donner ma recette de fraises au Maury. En cette saison où l'on a envie de fraises alors que tout le monde sait bien qu'il est trop tôt, elle prend un sens particulier. Allez, ne nous mentons pas, s’il vous plait. On se connaît trop, maintenant. Ne me dites pas que, comme tout un chacun, vous ne vous êtes pas laissé attraper un jour ou l'autre par une de ces barquettes de fraises au rouge éclatant qui ont l'apparence d'une fraise, la forme d'une fraise, le parfum (discret...) d'une fraise mais le goût... d'une courge !
Et bien voilà, nous y sommes, il est temps pour vous de vous lamenter si vous n'avez pas, dans votre cave ou votre frigo, une bouteille de Maury, qui, tel Zorro perché sur son beau cheval blanc (ndd, impossible de retrouver le nom du cheval de Zorro !), est là pour sauver la pauvre fraise, manipulée par un horrible serriste hollandais.
FRAISES AU MAURY
500 g de fraises
75 g de sucre (en fonction du degré de l'arnaque dont vous avez été victime ;-)
1/2 gousse de vanille bourbon
Poivre du moulin
20 cl de Maury, si possible jeune et sur le fruit
Laver et égoutter les fraises.
Les équeuter et les couper en deux, en trois ou en quatre en fonction de leur grosseur.
Les mettre dans une jatte en verre avec le sucre. Fendre le bâton de vanille et gratter les graines qui sont à l'intérieur. Mettre un tour ou deux de moulin à poivre. Laisser macérer à température ambiante, sous un film alimentaire, pendant une heure ou deux.
Au début du repas, ajouter le Maury (très frais...), un tour de moulin à poivre et servir.
Attention : le secret de la recette est bien, vous l'avez compris, de travailler en deux temps. Une macération à froid des fraises dans le sucre va, par osmose, faire sortir un peu de jus des fraises. Celui-ci, sucré et vanillé, va se mélanger, au dernier moment, avec le Maury. Si l'on fait macérer les fraises et le Maury trop longtemps, cela a beaucoup moins d'intérêt, les fraises étant « mâchées » et cuites par le vin. Si l'on a des enfants, il suffit d'isoler quelques fraises et leur jus avant de rajouter le Maury. Tout le monde est alors content... Les fraises n'aiment pas le froid, qui leur enlève tout leur arôme. Epargnez leur s'il vous plait cette épreuve.
P.S. : je retrouve dans mes archives, classé à la rubrique « fraise » ce magnifique texte de Bernardin de Saint-Pierre que je ne résiste pas à livrer à votre gourmandise :
« … les fruits sont une harmonie de plus que la Providence a mise entre nos sens et nos besoins. Harmonie avec nos yeux, par leurs vives couleurs ; avec nos mains, par leurs formes arrondies ; avec nos dents, par leur tendreté ; quelquefois avec notre bouche, par leur diamètre ; enfin avec notre goût et les diverses humeurs de notre tempérament … suivant les saisons. Les fruits rouges et rafraîchissants comme les fraises et les cerises paraissent au commencement de l’été, saison où notre sang, dont ils portent la couleur, entre en effervescence ».
Dieu que la nature est, il est vrai, bien faite...
« Papet » de fraises
C'est une recette de l'ancien temps, ce temps où les appareils dentaires n'existaient pas mais où les vieux finissaient leur vie dans leur famille, aux petits soins, entourés de leur descendants. Une autre époque, quoi. La saison des fraises venue, on leur préparait cette sorte de soupe, délicieuse, et surtout facile à manger. Même quand on avait plus de dents... D'où le nom.
J'aime la préparer au printemps. Surtout au début. On a envie de manger les premières fraises. Mais elles sont parfois un peu décevantes au niveau goût, et là, cette recette tombe à pic. A cette époque, pendant les « primeurs », à la suite d'une dégustation, il est courant de terminer à table, en famille (souvent le lendemain, pour juger de la tenue à l'air du vin), une bouteille de vin du millésime en cours d'élevage. Et bien fraise, crème et canelle font exploser le fruit de ces vins pourtant formidablement tanniques. Inexplicable, mais délicieux.
Si vous n'avez pas de vin jeune sous la main, servez donc avec ce dessert une belle tranche de pain d'épices au miel. Le plat se suffit alors à lui-même et fait merveille avec un petit verre de vin doux naturel.
Papet de fraises
Ingrédients pour 6 personnes
1 kg de fraises
250 g de crème fraîche épaisse
1/2 citron
80 g de sucre
Cannelle en poudre
Menthe fraîche (facultatif)
Préparation
Laver et égoutter les fraises. Les équeuter.
Passer les fraises au moulin à légumes (grille large) avec le sucre et le jus du citron. Ajouter la crème fraîche et beaucoup (n'hésitez pas...) de cannelle. Mélanger délicatement, réserver au réfrigérateur. Servir dans des verres à pied ou des tasses à consommé en saupoudrant légèrement de cannelle et en décorant d'une feuille de menthe fraîche.
P.S. : Si vous n'avez pas de moulin à légumes (nul n'est parfait...), mettez tout dans le mixer ensemble. Et appuyez sur le bouton « marche » ;-) Adaptez la teneur en sucre et la quantité de canelle à l'état de murissement et à l'acidité des fraises.
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