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Lucullus dine chez Lucullus
Il est de ces moments étranges où, sans parfois se rendre compte, on vit des choses qui sortent de l'ordinaire.
Je voulais depuis plusieurs semaines vous signaler – et je pensais que l'époque des primeurs était idéale pour cela – deux excellents blog, celui de François Mauss et celui de Jacques Perrin. Ils ont tout deux parfaitement décrit la semaine des primeurs 2007, chacun à sa façon, différente de la mienne. Avec plusieurs éclairages, on distingue mieux les choses.
Mais ne voilà t'il pas que nos deux compères ont enchainé immédiatement par une sorte d'aventure ethnologique et gastronomique au Japon, une de celles que personne n'avait osé depuis longtemps et que seul François Mauss pouvait avoir la passion, le culot, l'audace et la folie d'organiser.
Suivre leur "opération Soleil Levant" est un plaisir quotidien que je ne voudrais vous voir manquer pour rien au monde. Pourquoi ? Comment ? Quelle enseignement en retireront-ils ? Mystère. Mais leur voyage est un régal, une folie, une aventure, un de ces voyages que n'aurait pas renié Jules Verne et qu'internet nous permet de vivre en direct. Il ne faut pas le manquer, mais il faut éviter de le lire le ventre vide ;-) Suivez les liens :
Une bien étrange dégustation
J'avoue avoir longuement hésité avant de mettre en ligne ce que je vais vous raconter aujourd'hui. Mais bon, il me fallait écrire cette histoire. Et, une fois écrite, la révéler m'a semblé névitable...
Tout a commencé à Paris, il y a trois semaines.
Je déjeunais, d'une manière tout à fait imprévue, dans un restaurant Parisien des plus classiques et des meilleurs, fréquenté par le gratin des affaires, des médias et de la politique. Mon hôte, suite à un remarquable magnum d'Hermitage Chave 98 qui faisait lui même suite à quelques bouteilles qui méritaient que nous mettions notre foie en danger, évoqua en riant son rêve d'enfant de faire un jour une dégustation nu. Oui, nu. Pour voir si cela changeait les choses...
Rassurez-vous, il ne me regarda pas en lançant cette plaisanterie mais fit un grand sourire à la créature raffinée et sensuelle qui lui faisait face ;-). Nous changeâmes rapidement de sujet et le déjeuner, fort bon d'ailleurs, suivit son cours, les conversations aussi, sans que personne ne réagisse davantage à cette proposition quelque peu saugrenue.
Au moment de partir, parmi les derniers car n'ayant rien de spécial à faire avant 18 heures, et alors que je m'en voulais d'avoir oublié de commander des pommes soufflées, un de mes péchés mignons et une des spécialités dudit restaurant, un homme fort élégant, grand, mince, m'aborda au niveau du vestiaire.
– « Excusez mon audace, voulez-vous. J'étais à une table contigüe à la votre, et je n'ai pu m'empêcher d'entendre certains de vos bons mots. Je sais qui vous êtes, j'aime vos vins, et, étant parfois amusé par la spiritualité de votre blog (il insista sur le mot "spiritualité", me faisant bien comprendre les deux sens du mot...), il me semble pouvoir vous faire confiance ».
Il s'approcha légèrement pour me parler à l'oreille.
« L'idée de déguster nu, d'autres l'ont eue bien avant votre ami, voyez-vous. A votre air goguenard, j'ose croire qu'il y a encore quelques facettes occultes du monde du vin qui ne vous ont pas été dévoilées... ».
Tout en me parlant, il s'approcha encore, m'éloignant légèrement de la dame pipi afin qu'elle ne puisse écouter nos paroles. Il glissa alors d'un geste vif une carte de visite dans la poche de ma veste. Le temps de la récupérer et de trouver mes lunettes, il m'avait salué d'un aristocratique signe de tête puis s'était éclipsé dans une imposante voiture qui l'attendait, moteur allumé, devant le perron du restaurant, et qui démarra plus rapidement qu'il me semblait être nécessaire.
Sur la carte, figurait en lettre noire élégamment gravée à l'ancienne, l'étrange mention « Cercle Œnophile Naturiste Internationnal - Section de Libourne », suivit seulement d'un email@hotmail.fr.
Légèrement fatigué par nos libations, je souris, pensant à une plaisanterie.
De retour à Vingrau, je mis cette carte sur le petit tas que je me promets à chaque voyage de rentrer dans mon ordinateur, sans jamais en avoir le temps, et oubliais même d'en parler à Claudine, repris par le quotidien, ayant des choses bien plus importantes à raconter.
Deux semaines plus tard, dimanche matin, préparant à la hâte mon sac en vue de partir à Bordeaux, la carte glissa de sa pile et revint étrangement sous mes yeux, ravivant ma curiosité. Je me dis que je ne risquais pas grand chose à lancer un petit mail d'approche vers cet étrange personnage, pensant bien sûr recevoir en retour une quelconque proposition commerciale. Lui rappelant en quelques lignes notre rencontre, je lui indiquais en quelques phrases que je n'étais cette année que deux jours à Bordeaux et de plus passablement occupé. Je reçu en retour un message bref et précis : « Lundi soir - 18 heures - Devant l'Église de Pomerol - Venez seul ».Lundi soir, à 17 h 45 précises, je garais ma voiture devant la pittoresque église de Pomerol, étrange monument posé au milieu de nulle part. A 18 heures précises, une voiture sombre passa une première fois devant l'église, me vit, fit un rapide demi-tour puis revint vers moi. L'homme était assis à l'arrière. Il m'invita à le rejoindre.
– « Ne vous en faites pas, vous serez rentré à 22 heures précises et récupèrerez votre véhicule ici même. En attendant, puis je vous demander de jouer le jeu et de mettre ceci sur votre visage ? » Il me tendis alors un masque de soie qui ressemblait un peu à ceux que l'on vous donne dans les avions pour vous protéger de la lumière. J'étais là, j'avais accepté le jeu, il n'était plus temps de refuser de le jouer.
Nous roulâmes silencieusement pendant 12 à 15 minutes seulement, encore que, sous le coup d'une émotion bien compréhensible, je ne peux garantir l'exactitude de cette mesure de temps.
– « Nous allons déguster ensemble, en compagnie de quelques membres du cercle, si vous le voulez bien, quelques vins du millésime 2007. D'abord habillés. Puis nus. A tout moment, si l'expérience vous déplait, vous pourrez bien sûr l'interrompre et je vous ferais ramener à votre véhicule dans l'heure ».
Ainsi, c'était bien cela, l'expérience nouvelle et étrange à laquelle il me conviait...
Nous arrivâmes dans une allée de gravier et mon mystérieux guide me pria d'enlever mon masque. Nous nous dirigeâmes rapidement vers un petit bâtiment en pierre de taille, sorte de maison de gardien ou de relais de chasse. Nous étions près d'un chais, j'en étais sûr, dans l'enceinte d'un cru important, mais, de l'endroit où je me trouvais, je ne pouvais le reconnaitre, ce qui bien sûr était le but recherché. Il faisait noir, le vent soufflait en courtes rafales. Nous étions en haut d'une côte, mais laquelle ? Saint-Emilion ? Fronsac ? Impossible de me situer.
Nous rentrâmes dans l'élégante demeure. Au bout d'un rapide couloir, il y avait là une vingtaine de casiers que je reconnu vite être des vestiaires individuels. Remarquablement agencés, ils ressemblaient à ceux d'un Spa de luxe, tout de pierre grise et de boiseries au grain précieux.
- « Voulez vous s'il vous plait retirer vos vêtements, revêtir ceci et nous rejoindre dans la pièce d'à côté ? », me dit-il en me tendant une longue robe de toile blanche. Je m'exécutais, alors que mes pensées bouillonnaient. Dans quelle aventure m'étais je encore engagé...
Je poussais la lourde porte de chêne. Devant moi, une imposante table de bois, carrée, massive, au plateau très épais, où reposait sept demi-bouteilles, munies de petites étiquettes élégantes, marquées simplement d'un chiffre romain. A côté, quelques grands verres étincelants et une bizarre petite étiquette où il y avait marqué « Merci Riedel ». Bizerrement, cela me fit trouver la situation de plus en plus étrange... Autour de la table, debout, 6 personnes, discutant, toutes habillées de la même robe que la mienne, mais tous avec sur les yeux des loups de velours noir, sauf bien sûr sur les yeux de mon guide qui s'était lui aussi déshabillé entre temps... Il y avait un barbu, plutôt bon vivant. Un grand, très mince, avec des moustaches. C'est tout ce que je pourrais en dire. Ah, bien sûr, une femme, mais je ne le sus qu'après.
– « J'espère que vous excuserez ces masques. La première fois, c'est l'usage. Un jour, peut-être, vous dévoilerons-nous nos identités, si nous redégustons ensemble. Commençons, voulez-vous. Nous dégustons d'abord habillés ».
Je portais rapidement les sept verres devant mes yeux, mon nez, puis à ma bouche, les intégrant rapidement. Incroyable ! J'étais sûr d'en avoir au moins goûté trois le matin même. Sans hésiter, j'annonçais, crânement, en désignant les verres : « 2, Cheval Blanc; 6, Pétrus; 7, Ausone. Les autres, je ne les ai pas encore dégusté cette année. Ce sont tous des échantillons primeurs du millésime 2007 ». Mon hôte me félicita, d'un imperceptible sourire du coins des lèvres : « Je n'en attendais pas moins de vous. Peut-être demain reconnaitrez vous les autres lors de votre périple en Médoc. Allons maintenant ». Comment savait-il que j'allais à Pauillac le lendemain ? Il ouvrit prestement une porte et m'invita à le suivre à l'extérieur. En le suivant sur un étroit sentier, je me demandais quelle pouvait bien être l'entregent de ces dégustateurs mystérieux : comment avaient-ils pu sortir de propriétés mythiques des vins qui, d'habitude, n'en sortaient jamais, même pas sans doute pour Robert Parker lui-même... Où étais-je tombé...
Au bout de trois ou quatre cents mètres, le sol changeât, devenant plus ferme, et nous atteignîmes une série de grottes. En se baissant légèrement, nous nous retrouvâmes sur une sorte de terrasse, enchainement et dédales d'abris ou de refuges taillés à même le calcaire, à moins que ce ne soit l'entrée d'une ancienne carrière. Retaillée à même la roche mère, une énorme plaque de pierre, soulevée on ne sait comment ni par quels moyens, sans doute surhumains vu la faible hauteur du plafond, et pourtant parfaitement calée sur deux pieds massifs. Elle était entouré de sept blocs de pierre lisse, que je compris être des sièges. Sur la table, à nouveau, sept demi-bouteille où figurait les mêmes numéros.
« Mettez vous à l'aise », me dit celui qu'il me faut bien appeler mon guide... Chacun enleva rapidement sa robe, ses sandales de cuirs, s'assit sur son rocher, et entama la dégustation.
Une heure plus tard, j'étais revenu à ma voiture.
Je ne souhaite pas en raconter d'avantage, mais sachez simplement que ces quelques heures ont changé d'une certaine façon ma façon de percevoir le vin.
Vingrau, 1/04/2008
Alerte enlèvement
J'aime bien les ânes. Alors, je relais, avec plaisir, au cas où...
Bonjour,Pardon de vous déranger avec des histoires personnelles, mais je me dois de vous signaler le fait suivant.
Dans la nuit de mercredi à jeudi 07/02, dans la propriété, à Salses, où j'habite, des gens se sont introduits, de nuit, pour voler une ânesse de 30 ans. Débourrée, douce et gentille, habituée aux enfants, c'est l'ânesse idéale pour gagner de l'argent en la faisant travailler, sauf qu'elle suit un traitement journalier pour sa maladie.
Petite, noire, vu son âge devient rousse sur le dos et grisonnante sur les pattes. Dos très cranté. Particularité: se dirige naseau au sol. elle a le ventre rebondi. La gendarmerie a été prévenue ainsi que les vétérinaires spécialisés locaux et nationaux. Si vous la voyez apparaôtre dans votre champ de vision avertissez-nous. D'avance merci.
Vous pouvez me joindre au 06.09.06.41.52 - Charles P.
Un billet qui enrichit...
Chers amis, je tombe, un peu tard, sur un excellent interview témoignage d'un grand vigneron bourguignon, Charles Rousseau, sur le site de l'ami François Mauss. C'est la Saint-Vincent, pas de plus belle date pour un tel papier...
Pour une fois, je vais faire court : cette entretien-vérité m'a beaucoup appris, beaucoup touché aussi.
Je ne suis pas un grand passionné de Bourgogne, même si j'essaie avec beaucoup de patience et de persévérance d'y comprendre quelque chose, et, à travers ce texte, j'ai trouvé des pistes de réponse et beaucoup de sujets de réflexion. C'est ICI. Merci François et vive le WWW.
La science n'a pas de limites
Fidèle lecteur de ce blog, Laurent L. me transmet du bout du monde
un article paru ce matin dans la presse Belge à la suite d'un dépêche de l'AFP.
Je l'en remercie, vous pouvez le faire aussi car grâce à lui, on va tous en profiter...
Je vous le livre tel quel, certain que les commentaires seront à la hauteur ;-).
En tout cas, on ne pourra pas dire que je ne fais pas le maximum
pour que vous ayez du plaisir ;-))).
Le plaisir procuré par un vin, lié à son prix(14/01/2008
CHICAGO Des chercheurs californiens ont démontré que le plaisir ressenti par
le cerveau lors de la dégustation d'un vin augmentait par le seul fait de
lui attribuer un prix plus élevé, un résultat qui prouve le pouvoir du
marketing, selon une étude publiée lundi.
Cette étude, conduite par Antonio Rangel, professeur associé d'économie à
l'Institut d'économie de Californie, avait pour objectif de tester comment
le marketing agit sur la perception des consommateurs et accroît le plaisir
éprouvé lors de la dégustation d'un produit.
Les chercheurs ont demandé à 21 volontaires de tester cinq différentes
bouteilles de Cabernet Sauvignon et de classer leurs préférences. Le test a
été effectué 15 fois, les vins leur étant proposés dans un ordre aléatoire.
Il s'agissait d'un test en aveugle, la seule information fournie étant celle
du prix de la bouteille. Sans le préciser aux cobayes, les chercheurs leur
ont présenté deux fois le même vin, la première fois accompagné du prix réel
de la bouteille, la deuxième avec un faux.
Ils ont aussi fait passer une bouteille de Cabernet Sauvignon à 90 dollars
pour une à 10 dollars, et un vin à 5 dollars pour un valant 45 dollars.
Pendant la dégustation, les scientifiques ont scanné le cerveau des
volontaires pour enregistrer l'activité neurale du cortex orbito-frontal
médian, siège du plaisir lié au goût, aux odeurs et à la musique.
Ce scanner a démontré que si un consommateur est convaincu du prix élevé
d'un vin, gage pour lui de qualité, le breuvage est également ressenti comme
meilleur par le cerveau. Ce facteur subjectif a donc un effet réel sur le
cerveau, conclut cette étude publiée dans les Compte-rendus de l'Académie
nationale des sciences.
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