États d'âmes et opinions
Objectifs de l'année
Avez vous comme moi pris, en vue de cette belle et toute neuve année 2008 qui s'annoncent, des « résolutions », bonnes ou mauvaises ? Je l'espère, car cette coutume a du bon, même si, bien sûr, on ne les suit pas souvent et on les oublie vite... Je ne vous parlerai pas ici de mes résolutions personnelles (genre maigrir un peu, apprendre le tango, visiter le vignoble Corse ou lire - enfin - Proust ;-), mais de l'orientation que j'ai décidé de donner à ce modeste blog en 2008.
Bien sûr, il y aura toujours mes états d'âmes, quelques coups de gueules et autres récits de voyages (au programme déjà le Québec, l'Autriche...) mais j'ai décidé, si j'en ai le temps et le courage, de le placer cette année sous le signe de la transmission.
Est-ce la mort soudaine de tant d'amis ? Est-ce l'âge avec l'approche de la cinquantaine ? Est-ce une certaine maturité qui me donne le courage d'exprimer une vision personnelle que j'ai la naïveté de penser originale ? Est-ce une prise de consience que, si l'on continue à ne rien faire, dans 20 ans le vin aura disparu de nos tables ? Rien de bien précis mais un peu de tout cela sans doute.
Il y aura donc cette année sur ce blog, encore une fois si j'y arrive, plus d'écrits, plus d'articles de fond, une vision plus journalistique et documentaire. On y apprendra que j'ai écrit un jour l'histoire du Moulin à Légumes et y donnera donc des recettes de soupes. On y parlera un peu plus de cuisine, de produits, de tout ce qui fait le plaisir de la vie. J'y dévoilerai le nom et l'œuvre de celui qui, sans s'en douter, fut à mon avis le premier blogueur culinaire. On tentera d'avancer, au moins chaque trimestre, la série sur les cépages. Je dévoilerai mes expériences sur l'harmonie des mets et des vins, mes trucs de cuisine, mes fournisseurs préférés. Il y aura une surprise pour la semaine du goût et une semaine spéciale chocolat. Et j'envisage même une rubrique « Courrier des lecteurs » (j'ai dit des lecteurs, pas du cœur ;-).
Bref, on y parlera un plus des autres et moins de moi. Enfin, tout ca, ce sont de (bonnes) résolutions. A vous de m'aider à les tenir...
Bonjour Tristesse
Lundi 7 janvier 2008. Fin de ma première récolte d'olive. Et décès de Jean-Claude Vrinat.
Nom de Dieu, pourquoi faut il toujours qu'il y ait en ce moment une bonne et une mauvaise nouvelle à annoncer !
Je suis las, je l'avoue, en ce début d'année, de voir partir des hommes auxquels j'étais attaché. Et triste, tellement triste, de voir partir une des personnes pour lesquelles j'avais le plus d'estime et d'admiration.
J'ai rencontré Jean-Claude Vrinat pour la première fois il y a (attendez, je calcule...) 30 ans, à quelques mois près. Jeune, si jeune et naïf, si naïf, élève dans une école hôtelière de province, je montais pour la première fois à Paris pour passer un concours de Maître d'Hôtel Trancheur, la coupe Georges Baptiste.
Chargé, dans les grands restaurants et dans les derniers grands hôtels de la côte d’Azur d'assurer découpages et flambages devant le client, ce métier me fascinait. En attendant l'heure du concours, sur les conseils d'un professeur, je pris mon courage à deux mains et je me présentais à la porte de Lasserre, puis du Taillevent. Là, ayant timidement expliqué mon cas, je demandais, la voix serrée, s'il était possible d'avoir une des cartes du restaurant, afin de m'aider à illustrer mon voyage et mes cours. Monsieur Vrinat me la donna avec joie et me dit un mot gentil pour m'encourager dans ma formation. Magique. À l’époque, mon ambition était claire : Maître d'Hôtel dans un bon restaurant de province... Alors, serrer la main de Jean-Claude Vrinat, vous pensez... Dans le bus qui m'emmenait au concours, après avoir été stupéfait par la beauté et le dépouillement typographique de la carte, je l'ouvris avec émotions et je découvris ce qui est toujours une des plus belles, des plus intelligentes et des plus sensibles des cartes de vins. Un choc.
Plusieurs années plus tard, derrière le comptoir de mon minuscule bar à vin parisien de 16 m2, je me demandais comment exister dans la jungle des restaurants parisiens. Ayant gagné, cinq ans auparavant, le fameux concours en tant qu'élève, il me vint à l'esprit que, n'ayant rien à perdre, je pourrais peut-être me frotter aux professionnels. Et me voilà repassant ce fameux concours, opposé cette fois là aux meilleurs Maîtres d'Hôtel de tous les trois étoiles et palaces parisiens. Dont, j'en ai bien peur, un de Taillevent... Inutile de dire combien ma victoire fit scandale... Enfin, dans un tout petit milieu, car le métier de Maître d'Hôtel trancheur avait de toute façon purement et simplement disparu. L'histoire dira si les émulsions de l'ami This sont à même de faire autant briller les yeux que les crêpes flambées ou si des quenelles de saloperies trempées dans l'azote donnent autant de plaisir qu'un gigot d'agneau découpé devant vous par ce qu'il convient d'appeler un artiste (Jean-Marie, si tu me lis...). J'ai un avis sur la question, mais il n'a pas d'importance. Je ne fais pas la mode. Ainsi va la vie.
Nous nous sommes souvent croisés, Jean-Claude Vrinat et moi, dans les années qui suivirent. Croisés sans jamais se rencontrer vraiment. Pourquoi, alors, suis-je en train de pleurer à chaudes larmes en écrivant ces lignes ? Étrange, de plus, de n'en avoir aucune honte. Au début, je fis un ou deux déjeuner au Taillevent incognito (je n’avais pas vraiment le choix ;-). Je fus aussi bien traité que tous les milliardaires et autres hommes politiques présents dans la salle. Peu après, presque sans y croire, je fus chargé, avec François Mauss et Didier Bureau, de la sortie du Who's Who du vin au Taillevent. En goûtant les vins que nous avions choisis chacun de notre côté, nous échangeâmes quelques regards, verres à la main, et il n'y eu pas besoin de mots pour nous savoir complices d'un idéal du vin commun. Quelques jours plus tard, il nous servit un vin à l’aveugle et, presque miraculeusement pour moi qui n’ai jamais brillé en dégustation aveugle, je reconnus un vin italien produit à quelques milliers de bouteilles. J’avais eu la chance de le goûter la semaine précédente… Le respect, je crois, s’installa. Je fus tenté, je l’avoue, de travailler avec lui, mais le timing de nos vies ne le permit jamais. Je l'aurais aimé. Ma vie aurait été différente, mais, j'en suis certain, tout aussi passionnante, riche et intense que celle que je mène aujourd'hui. J'aurais sans doute eu un peu de mal avec les costumes cravates ;-), mais il m'aurait convaincu de l'importance de l'élégance, une des choses pour lui si naturelle...
Il fut donc ensuite un temps où je n'étais plus incognito chez Taillevent. J'ai toujours adoré cet endroit, adoré le classicisme et la clarté de la cuisine et, plus que tout peut-être, l’excellence du service et la gentillesse du personnel. Sous la baguette invisible (hum...) de Jean-Claude, toute la brigade s'efforce (oui, je veux parler au présent !) de maintenir un art qui disparaît inexorablement : l'art du « Service » dans tous les sens du mot, tous nobles pour moi. Quand me manquait trop ce métier de Maître d’Hôtel, ma vocation première, ce «service » que vous aviez poussé à la perfection, je m’amusais, je l’avoue, à rêver de quelques jours au Taillevent, où vous m’auriez peut-être autorisé, et jugé digne, je l’espère, de servir à vos côtés.
Au Taillevent, j'y ai quelquefois été invité, je l'avoue, car mes moyens limités, comme leur nom l'indique, ne correspondaient pas à mes envies ;-). Puis, plus tard, j'invitais à mon tour. Toujours à deux, étrangement. Un ami ou deux, intimes. Une femme, que je tentais de séduire. Une autre, à qui je disais adieu. Pas plus. Puis ma femme, juste avant qu'elle ne le devienne et en espérant qu'elle le veuille :-). Je faillis ce jour-là faire des crêpes flambées à la place du maître d'hôtel, mais c'est une trop longue et trop rieuse histoire ;-). Il faut le dire, je n'ai du Taillevent que des souvenirs joyeux, des images de perfection, de chaleur, d'amitié, de sentiments forts, d'attentions permanentes, toujours l'impression d'être « quelqu'un », qui que je fus et quoi que je boive, d’être « riche » alors que je n’avais pas d’argent, tandis qu'aux tables d'à côté étaient souvent assis quelques uns des hommes les plus riches du monde et quelques une des femmes les plus belles et les plus célèbres... Que l'on ne remarque même pas la ligne de dépense sur sa carte bleue ou que l'on ait économisé, sou par sou, pendant deux ans, pour s'offrir un déjeuner, on était, on est, on sera, j'en suis certain toujours aussi bien reçu chez Taillevent. Jean-Claude, pour tout cela, MERCI.
Si je suis triste, ce soir, je suis aussi furieux. Cela fait bientôt un an que je garde sous le coude un billet sur la perte de la troisième étoile du Taillevent. Je m'en veux tellement, ce soir, de ne pas l'avoir écrit... Il est temps de le faire…
Que le guide Michelin n'ait plus aucune crédibilité aujourd'hui, rien de nouveau sous le soleil. Que la perte de cette troisième étoile soit sans doute la plus injuste, la plus stupide, la plus grave pour la gastronomie française et son avenir, beaucoup l'ont écrit (enfin, pas assez à mon goût). Non, dans ce billet, je voulais parler de la médiocrité de la critique gastronomique en ce qui concerne le vin et le mépris total où l'on réduit désormais la carte des vins dans l'évaluation d'un restaurant. Jean-Claude avait toujours voulu qu'il y ait, sur la carte du Taillevent, des vins abordables, bons, simples, accessibles à tous, vendus à des coefficients modérés. Quant aux grands crus, aux vins rares, à ma dernière visite, je remarquais certaines bouteilles sur la carte à des prix angéliques, parfois plus de dix fois inférieurs à ce qu'ils pourraient être vendus aux enchères ! Juste pour que l'amateur, le vrai connaisseur, puisse boire un grand vin au restaurant, à un prix décent. Pour qu'il ait du plaisir. Et donc, il fallait sur la carte des vins anciens, à maturité, même si, sur le plan de la gestion, cela n'avait aucun justification... Cher Jean-Claude, combien de vos clients savaient que, pendant des années, vos vacances, vous les consacriez entièrement à la découverte des vignobles, à la dégustation, à la découverte... Combien de kilomètres, combien de caves, combien de rencontres ? Mais le résultat était là, sur la carte : aucune faiblesse, aucune erreur. Bien au contraire, derrière chaque ligne, chaque référence, mais une passion immense, une intelligence rare, un choix sûr et assumé. Une carte d’honnête homme.
Le Michelin, les autres guides aussi, d'ailleurs, le vin, ils ne savent même pas que l'on peut se passionner pour lui, y consacrer une partie de sa vie. De toute façon, quand ils mangent, c'est une demi-bouteille du vin, souvent le moins cher de la carte, histoire de pas grever le budget du guide. A moins bien sûr qu'ils ne se fassent "rincer", eux ou les autres. Mais là, ces messieurs boivent des étiquettes, toujours pas du vin... Bonjour l'éducation, l’éthique... De toute façon, leurs examinateurs, leur patrons même, sont sans doute incapables, j'en fais le pari, de remettre toutes les AOC françaises dans leurs régions de production. Quand on a pas de culture, peut-on avoir du goût ? J'en doute. Ça n'a rien bu, ça ne connaît pas le nom de deux producteurs de Vosnes-Romanée, mais ça décerne des « étoiles » et des « macarons ». Faut-il rire ou pleurer ? C'est vrai qu'avec un petit « caviar de gingembre, mousse de citron, betterave virtuelle, et pschitt à la rose », c'est pas vraiment la peine de perdre du temps avec la carte des vins pour chercher avec quoi harmoniser la vérine du jour... Ca y est, je l'ai dit. J'aurais aimé que vous lisiez ce billet. J’aurais aimé vous faire sourire. Je ne vous savais pas malade...
Bon, cher Jean-Claude, on va arrêter de larmoyer. On va garder le meilleur de vous, là, au chaud, dans nos têtes et dans nos cœurs. Vous me permettrez de continuer à vous vouvoyer, je n'ai imaginé faire autrement. Trop de respect. Vous n'êtes plus là, vous allez nous manquer, mais ne croyez pas qu'on va vous oublier de sitôt. On va continuer le combat. Le combat pour vos valeurs, même si on est pas beaucoup. Parler d'élégance ; de raffinement ; de sens de l'effort ; du détail qui tue ; d’accueil, d’hospitalité, de produits, de culture, d'humour, de petites histoires qui font la grande et, surtout, surtout, du bon vin. Au revoir, l'ami. Mais pas Adieu.
Toutes mes pensées à Sabine, Valérie et tous les collaborateurs du restaurant. Et courage pour le service. Nothing Else Matters.
Remplacer les oenologues par... des rats ;-)
Certains y travaillent... C'est l'étrange révélation que m'a faite une jeune femme l'autre soir, sous le sceau du secret, alors que nous parlions de tout et de rien, autour d'un verre, à la fermeture du Grand Tasting.
On connaissait déjà la blague du : « tu sais qu'il remplacent les rats de laboratoire par des avocats ? Ah, bon, pourquoi ? Parce qu'il y a certains trucs que même les rats refusent de faire... » (pardon aux avocats qui me lisent, désolé... ;-). Non, là, c'est sérieux. Bon, c'est pas vraiment des rats, c'est des souris. Mais avec les rats, c'était quand même mieux pour le titre, plus accrocheur, reconnaissez le ;-) Bon, Bizeul, un peu de sérieux, s'il te plait ! Arrête de blaguer, et explique nous ton nouveau bidule bizarre et ton histoire de rats...
Chercheuse en neurobiologie et en science du comportement (un truc comme ça, les mots exacts, même pas que je les ai à mon vocabulaire ;-)) dans un célèbre institut dont j'ai promis de taire le nom, cette jeune femme étudie les arômes, les goûts, la façon dont nous les ressentons, les mémorisons. Ah, et aussi, avec des appareils super chers, elle voit les neurones qui se connectent et les zones qui s'illuminent dans notre cerveau quand nous sentons telle ou telle odeur et surtout tel ou tel vin. Des trucs super savants, quoi. Je compte sur tous les spécialistes qui lisent ce blog pour nous éclairer (c'est déjà pas mal. Pour nous illuminer, on attendra Noël ;-).
Au départ, bien qu'elle aime à l'évidence de plus en plus les vins au fur et à mesure qu'elle les goûte, elle me prend un peu pour un paysan de base. Après deux ou trois échanges comme qui dirait "brillants" ;-), elle a compris que j'ai au moins suivi une initiation à la dégustation et que je connais les saveurs de base, genre salé, sucré, acide, amer ;-) J'arrive à placer que je tutoie Jean Lenoir, notre "nez du vin" national, quand je le croise sur un salon; J'arrive aussi à prononcer péniblement deux ou trois noms de molécules odorantes (j'ai connais pas beaucoup plus ;-) et elle comprend vite qu'au niveau des arômes, dans mon village, je suis le meilleur (elle sait pas qu'un des grands spécialistes mondiaux de précurseurs d'arôme, Alain Razungles, y est né et y fait du vin. Chut... ;-). Bon, on tombe vite d'accord sur les dernières avancées de la recherche, que j'avais pressenties depuis longtemps ;-) : le nez est un "muscle" et pour sentir "fin" et "précis", il faut le "muscler" en reniflant. Pas de gonflette, encore que, mais des exercices réguliers, des "gammes", ou, tout simplement, vivre dans un environnement qui sent des trucs agréables. Genre le monde des Teletubies, avec plein de grosses fleurs ;-). Ou chez Hédiard. Ou dans un pays tropical, avec plein de fleurs et de fruits qui sentent bon. La Réunion, au hasard, n'est ce pas Claudine ;-). La discussion devient de plus en plus passionnante. Je fais un peu semblant de découvrir que les femmes sont génétiquement bien plus douées que nous (au niveau de l'odorat ;-) alors que je le sais depuis longtemps. Elle essaie de me dire qu'on est tous, (sauf les femmes, vous vous souvenez, hein ? ;-), à peu prés égaux (10 % des êtres humains sentent moins, 10 % beaucoup mieux) au niveau du nez, et que donc, c'est celui qui travaille le plus qui devient meilleur sommelier du monde ;-). J'aime bien cette discussion.
Et là, tout d'une coup, elle me parle de ses souris... Là, j'avoue, je découvre...
Elle me dit que dans son labo, elle a plein de souris. Qu'elles sont dociles, joueuses, qu'elles adorent le Jaja et que c'est très facile de les dresser afin que chacune d'entre elles reconnaisse UN arôme particulier. A une souris, on lui met par exemple sous le museau un verre d'eau aromatisée à la banane. Vite fait bien fait, elle prend goût au truc, à l'arôme de la banane, l'acétate d'isoamyle : elle apprend à lècher un truc, et elle a une récompense. Elle parle pas, c'est pas Rémy le rat de Ratatouille ;-). On lui met d'autres arômes sous les moustaches, et, si c'est pas la banane, elle lèche pas le truc. Vous avez compris le système. Enfin j'espère, parce que la souris, elle, elle l'a compris depuis longtemps ;-). Quand elle est bien dressée (quand elle a eu son diplôme ;-), elle reconnait la banane dans des concentrations extrêmement faibles et au milieu de plusieurs dizaines d'arômes mélangés et divers. Sa voisine, dans la cage d'à côté, c'est la frambinone (la framboise...), son truc. Celle d'à côté, encore, c'est la gamma nonalactone (le coco...). Et en plus, apparemment, la souris, elle a pas de mauvais jours, de rhume, de stress, de spleen à la veille de son anniversaire ou de contrariété parce qu'elle a eu un PV avant de venir à la séance de label de l'INAO...
Ahhh. Génial. J'ai trouvé le truc. Une cinquantaine de souris dressées, un tapis roulant, plus besoin d'œnologue ;- ) ni de chromatographe en phase gazeuse. On fait passer le verre devant ces dames, une lèche, l'autre pas, et nous voilà avec une liste d'arômes précis à faire rougir le technicien le plus expérimenté ! On arrête pas le progrès, les amis ! Et pourvu qu'on arrête pas non plus de rigoler. Après tout, on ne fait que du vin...
P.S. : j'en profite pour rajouter un nouveau lien vers le très sincère et intéressant blog de Stéphane Toutoundji, un œnologue bordelais qui n'a pas de moustache ;-), mais surtout pas sa langue dans sa poche... Un peu de parler vrai, en ces veilles de fêtes, ça fait toujours du bien...
Dimanche soir aigre-doux
Quel outil vraiment bizarre qu'un blog...
Mercredi, à Paris, j'essayais d'expliquer à un journaliste attentif et passionné pourquoi je l'écrivais, ce que cela me coutait ou m'apportait, à moi comme à mon vin. Ce n'est pas vraiment calculé, mais tenter de lui répondre m'a permis de voir plus clairement les raisons qui me poussent à l'écrire. Le plaisir d'écrire, sans doute, en premier lieu...
Un blog est définitivement un outil étrange, qui ne ressemble à aucun autre. Il est multi-média, déjà, ce qui n'étonne plus personne mais m'émerveille chaque fois que je peux partager une photo, une musique ou une vidéo. Mélange étonnant entre un journal "semi-intime", un bloc note, un agenda, un journal de voyage, un exutoire, une tribune, un recueil de pensées, un moyen d'information, un vecteur pour faire passer des idée ou partager un combat, un blog c'est tout cela. Dans ce capharnaüm, dans ce cabinet de curiosités, le plus étonnant est qu'il y a comme un fil conducteur, comme une logique qui apparait au milieu de ce chaos apparent. Avant tout, le blog crée du lien, et c'est pour cela que je le fais et que je l'aime bien. J'y ai des complices, un peu partout dans le monde et je sais que, pour beaucoup d'entre eux, je les rencontrerai un jour ou l'autre et que les présentations seront faites; en tous cas de mon côté ;-)
Cette semaine, j'ai appris que ce blog avait aussi deux autres usages.
Retrouver un ami d'école perdu de vue depuis une bonne quinzaine d'années. Apprendre qu'il va bien, qu'il s'est réalisé, qu'il est toujours marié avec la même femme rencontrée sur les bancs de l'école et donc mon amie aussi, que ses enfants vont bien et que, sans nul doute, nous allons nous revoir. C'est le blog "générateur de joie".
Apprendre, en même temps, le décès d'un autre vieil ami, dont, par un commentaire (impossible à mettre en ligne, vous l'imaginez...) de son frère, j'apprends la subite et brutale disparition. Georges, mon cher Georges, même si nous ne nous sommes pas vus très souvent, n'habitant pas dans les mêmes régions, ta disparition me navre, m'atterre. C'est le blog générateur de peine... Ta joie de vivre, ton optimisme permanent, ton énergie communicative, disparaitre ainsi à quelques mois de la retraite me semble être une de ces injustices dont la vie, malheureusement, a le secret. Tu devais passer. Je devais venir. Nous devions... Nous ne le ferons pas. Mais ton souvenir restera vivace et toutes mes pensées vont, ce soir, à ton épouse dont la solitude et la peine doivent être immenses.
Bizarre, oui, j'ai dit bizarre...
Mon cher Michel
Merci d'intervenir sur ce modeste blog. C'est ICI pour ceux qui ne lisent pas les commentaires... Permets moi d'utiliser un billet pour te répondre, ce sera plus facile d'accès pour mes chers lecteurs.
Rassure-toi, je ne suis pas paranoïaque ;-) Je fais simplement, du mieux que je peux, des vins du Roussillon, « gorgés de soleil », comme tu le dis si bien, chose dont je suis fier. En cela, il me semble, ils sont fidèles à un terroir qui produit ce type de vin depuis au moins deux siècles. Pour faire ce type de vin, inutile, ici, contrairement à ailleurs, de forcer le trait ou d’employer des artifices.
Je ne peux, au passage, m’empêcher de rappeler que ces vins ont été longtemps bien utiles à certaines autres régions viticoles, à l'époque où il n'y avait ni la chaptalisation, ni l'osmose inverse…
Je n'ai donc pas l'intention de me mettre à faire des vins « océaniques », pas plus d'ailleurs que des « septentrionaux », pour plaire au marché, à la mode ou à la critique. Comme dit l’autre, « I am what I am ». On a les références culturelles qu'on peut, je sais. Mais c'est quand même plus fun que Kierkekaard. Encore que le Banquet, j'en ferais bien un un de ces jours ;-)
Je sais, pour te côtoyer depuis longtemps, que ce type de vin n’est pas de ceux que tu aimes ranger dans ta cave. Je sais aussi que, pourtant, tu les apprécies à leur juste valeur, que tu leurs mets des notes élogieuses quand ils sont bons. Tu fais en cela un véritable travail de critique, critique qui sait (et doit…) dépasser ses goûts et respecter ceux des autres. Je suis très reconnaissant d’avoir eu un de mes vins sélectionné par Thierry et toi ce soir là. C’était inespéré, mais cela, permets-moi de le dire, n’a rien à voir avec le débat ni ce que tu induis dans ton commentaire : un vin pas très bon aujourd’hui sera fabuleux dans 20 ans. Le mien, délicieux aujourd’hui, ne tiendra pas la distance; je serais « jaloux » des premiers crus de Bordeaux.
Cher Michel, Vouloir « comparer » un Cabernet-Sauvignon, même produit dans un millésime aux caractéristiques typiquement méditerranéennes comme 2005 à Bordeaux, et un pur Grenache, la chose ne me vient même pas à l'idée… Pas plus d'ailleurs que d'imaginer bâtir la réputation de mon travail sur la destruction de celui des autres d'ailleurs. Ce n'est pas comme cela que je fonctionne et, de toute façon, nous le savons tous les deux, ce n'est pas la bonne méthode.
Que l’on puisse un jour considérer que la petite Sibérie soit l’égal d’un de ces vins mythiques me semble d’ailleurs relever du fantasme, et, je l’avoue, j’aurais été très mal à l’aise que mon vin gagne ce soir là. Il doit encore faire ses preuves, et, fort justement subir l’épreuve du temps, la seule qui puisse dire si, en sélectionnant la petite Sibérie, vous aviez raison ou tort ;-) A vrai dire, j’aurais préféré que, comme à l’école des fans, tout le monde soit, ce soir là, « ex-aequo » et que l’on puisse en boire, de ces meilleurs vins du millésime… Si on me l’avait demandé, moi, j’en aurais offert d’ailleurs avec plaisir… Note le pour l’année prochaine, au cas où j’aurai encore réussi mes 2006 (plus frais, ils devraient t’enchanter ;-). Et si tous ces vins avaient été là en dégustation, tout le monde aurait été heureux de payer le prix demandé pour les boire…
Ceci étant, le fait que, justement, tous les grands millésimes de Bordeaux aient été produits en climat méditerranéen, me laisse à penser que mes vins n’auront aucun problème à bien vieillir, c’est-à-dire à révéler avec temps des qualités insoupçonnées et non simplement à résister à l’entropie qui nous guette.
De même, ma chance est d’avoir derrière moi une petite expérience d’amateur de vin, « culture » qui date de 30 ans et qui m’a amené à boire, plus souvent qu’à mon tour, de vieux, voire de très vieux millésimes de vins, dont un certain nombre à majorité de Grenache ou de Grenache pur. Cela me permet alors, très sereinement, quand je pense à des Rayas 45 ou 47, à des Beaucastel 47 ou à bien d’autres, de relever le gant avec plaisir.
Rendez vous donc dans 20 ans, autour de nos bouteilles de 2005, non pas pour savoir lequel est le plus « grand », ce qui ne veut en soit rien dire, mais lequel de ces vins nous procurera le plus d’émotion, de complexité, de nuances, de sensations, bref, de plaisir. Du plaisir charnel, du vrai, du tatoué, pas du plaisir intellectuel, basé sur des concept philosophiques, moralistes ou religieux. Mais peut-être faudrait il préciser ce qu'attend chacun d'entre nous deux du vin, au fait ;-).
Tout en oubliant pas que, entre temps, 95 % des bouteilles ce ces deux vins auront été bues depuis longtemps, ce qui enlève un peu de sens et de sel à ce défi, tu l'avoueras, même, si comme moi, tu le déplores j'en suis certain, je mets de ce pas 3 bouteilles de côté (on sera vieux, mais on aura encore des amis, voire des lecteurs, je l’espère ;-) et te remercie de ce beau salon, qui, j’en suis sûr, l’année prochaine frôlera la perfection…
Amitiés, hervé
P.S. : j’ai produit cette année mon premier Cabernet-Franc. Je suis certain que tu seras curieux de le goûter, puisque tu sais d’où viennent les bois ;-). Laisse moi s’il te plait quatre ou cinq ans pour affiner ma compréhension du lieu, pour comprendre comment ce raisin veut être vinifié et surtout élevé, et, alors, je relèverai volontiers quelques défis que tu ne manqueras pas de me lancer. Nous verrons alors qui, entre la Vallée Nord de Vingrau ou d’autres « terroirs » plus prestigieux, est le lieu le plus à même de produire de grands Cabernets de garde. Et cela sans artifices chimiques ou physiques.
P.P.S. : nous devrions discuter plus souvent sur internet. Je suis certain que ca intéresserait des gens ;)
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