États d'âmes et opinions

En vacances, doit on blogger ?

Voilà une question que je me suis posée tous les jours et à laquelle j'ai répondu apparemment par la négative puisque ce blog est inactif depuis plus de dix jours et que les vacances... se terminent.

Ce moment de calme avant la "tempête" des vendanges est, pour le vigneron, propice aux vacances. Bien souvent, ceux du nord partent au Sud et ceux du Sud au Nord, chacun cherchant ce qu'il n'a pas, qui du soleil, qui de la fraîcheur. Pour nous, ce fût cet été Normandie-Bretagne-Sarthe.

On ne saura donc jamais si le blog a une vocation à changer de style pendant l'été.

Pourtant, ce n'est pas l'idée de billets qui manquaient, croyez moi, mais plutôt le temps pour écrire, les connections internet volontairement ou pas limitées, l'envie de se mettre au clavier, l'impression de n'avoir à raconter que de l'inutile (et en tout cas du "hors sujet" dans un blog de vigneron), alors que l'envie m'est venue, bien souvent, de raconter la beauté de la France, la richesse de ses terroirs, ses étonnantes et grandioses architectures, ses spécialités gastronomiques encore si vivaces malgré la mondialisation rampante qui a désormais envahie tout le reste (textiles, souvenirs, artisanat..) et préserve pourtant encore ici quelques coutumes alimentaires et productions locales de toutes sortes, dont un excellent cidre breton de la forêt de Brocéliande... Il y aurait eu aussi les photos, les amis, les recettes de moules au lait de coco, gingembre, citronnelle et combava ou le "patapouf" d'Hélène qui mérite un billet, à l'automne. Sans parler des vins, bien sûr, offerts par les amis ou choisis au restaurant, sur lesquels il y aurait tant à dire...

Le fort gentil commentaire de Zitoun ce matin me fait un peu regretter de ne pas avoir un peu plus travaillé, racontant ma rencontre avec un boucher génial et passionnant à Honfleur, ma déception d'un fromager qui devrait changer de métier tant il fait honte à la production normande et au métier d'affineur, la remise à jour de ma "philosophie de la crêpe" suite à 5 jours de crêperies bretonnes, toutes différentes – et ma révélation sur la crêpe cuite d'un seul côté –, l'étrange ambiance et la belle carte des vins du Coquillage, le restaurant qui a hérité de la carte de la maison de Bricourt suite à l'arrêt de sa 3*, la belle maison du beurre de l'ami Bordier, à Saint-Malo, la douceur de la forêt de Jupilles, d'où vient le bois de certains de mes fûts, et la beauté de la campagne Sarthoise, à la force tranquille des ses forêts centenaires.

A la veille du retour à Vingrau, revenant d'une promenade vivifiante au fond des vestiges de la forêt des Carnutes, ma serpe à la main (ah, non, c'est Panoramix, la serpe, pas Obélix ;-), je t'offre, cher Zeitoun, pour te remercier, une petite phrase volée à Carnuta, le musée du bois de Jupilles, qui m'a bien plu et me semble adapté à ton (notre ?) propos :

J'étais au milieu de la forêt. Il y avait deux chemins devant moi. J'ai pris celui qui était le moins emprunté. Et là, ma vie a commencé...Robert Frost

Qui connait ?


Au mur de notre hôte, à Singapour, une série de remarquables collages/peintures, apparemment en provenance de l'ancien aéroport de Honk-Kong, aujourd'hui détruit.

C'est créatif, merveilleusement drôle et coloré et j'adore.

Un peu de couleur, aujourd'hui, d'un (d'une ?) artiste que je n'arrive pas à trouver sur internet, qui s'appellerait Ingle Bert Smith ?

Qui connait ?

Décapitalisation de la vigne

Voilà un nouveau mot à retenir : décapitalisation du vignoble.

C'est un peu comme une maison, qu'on entretiendrait plus, voire qu'on occuperait sans ménagement, en la maltraitant un peu...

D'après la chambre d'agriculture des P.O. "la "décapitalisation" du vignoble se poursuit sous la pression économique :

- la faiblesse ou l’absence de revenus des viticulteurs se conjugue aux impasses et au renchérissement des solutions techniques efficaces, en particulier pour les herbicides.

- La mortalité liée aux maladies du bois n’est pas suivie d’un remplacement des manquants.

- Le taux de renouvellement du vignoble est maintenant très faible.

- L’enherbement peu maîtrisé du vignoble par les vivaces a gagné beaucoup de terrain, essentiellement du fait des coûts d’entretien des sols par les labours et de la nécessité d’investir dans des outils de traction performants en ce domaine.

- Cet enherbement subi sensibilise encore plus le vignoble à la sécheresse estivale.

- Le budget fertilisation est maintenant supprimé dans de nombreuses exploitations depuis plusieurs années"

(voire plus d'argent pour acheter des produits de traitement ou du gasoil pour le tracteur...)

Je rajouterai la perte de compétence à cet inventaire peu optimiste : plus beaucoup de vigneron "à l'ancienne" qui connaissaient les gestes vignerons, en apparence anodins, mais au final essentiels, ainsi que la problématique des saisonniers, peu formés et peu motivés, qui, à la taille, font parfois plus de mal que de bien.

Une photo, pour mieux comprendre ? Le vignoble est toujours là, mais une partie de lui est déjà morte.

Au final, si on fait 700 000 hl cette année, on aura de la chance avec la coulure sur le Grenache.

Au centenaire de Raymondis, entreprise de transport "culte" des P.O., le PDG évoquait avec pudeur l'année de création de l'entreprise, 1910, où l'on produisait 5 000 000 d'hectolitres, transportés sur des charrettes, dans des tonneaux. Une lente agonie, quoi qu'on en dise...

Garder le moral...


Bon, la malédiction du Pharaon bat son plein et après la famille Comme et nous, voilà que les Dupéré-Barrera sont à leur tour frappés par la grêle... Bon, chez, nous c'est plutôt ambiance "les sept plaies d'Egypte" puisqu'on enchaine la neige en mars, le gel et le vent "mauvais" qui emporte les grappes en mai, la coulure début juin, la grêle mi juin et depuis 4 jours une tramontane qui casse les sarments qui pendent tristement... Que nous manque t'il ? Les sauterelles ? Le mildiou ? Un truc inconnu ?
Bon, malgré tout, je garde le moral. Vous savez, c'est comme ces situations où il y a une telle accumulation de trucs que ça devient un gag. Manque plus que les rires ;-)
Le mieux, dans la voiture, c'est de se faire un CD "spécial catastrophe naturelle" qui vous permet, entre chaque parcelle, de se dire que ça pourrait être pire. Avec ce genre de bêtises, j'ai nommé les Fatals Picards, par exemple ;-)

De retour au domaine (ah, plus de téléphone, d'internet, de fax, de mobile depuis 24 heures, au fait ;-), le mieux est d'écouter à forte dose de la musique brésilienne et de se visualiser sur la plage ;-). Où de réécouter Vic Damone et se dire qu'en ville, on serait bien aussi, dans une ambiance groovy... Ah, on peut aussi regarder bien sûr un vieux clip de Kyli Minogue, en ce disant que la nature n'est pas si mauvaise, après tout, puisqu'elle est capable de créer de telles choses ;-)

Bon, l'essentiel, c'est de repartir à fond, de continuer à jeter directement dans la vigne, à larges poignées, l'argent que vous, cher lecteurs et chers clients, avez la gentillesse de nous donner, mais en prenant soin de le jeter toujours plus vite qu'il n'arrive, pour ne pas se relacher ;-), en continuant à vouloir travailler comme un grand cru alors que le bras armé du destin tente de nous en dissuader ;-)

Cela pourrait être pire". Oui, mes amis, cela pourrait être bien pire et rien n'est grave dans la vie tant qu'on a la santé. Jean-Roger est bien d'accord avec moi qui m'a envoyé des photos de parcelles entre Maury et Saint-Paul VRAIMENT touchées par la grêle. Ca ressemble à ça, juste après la catastrophe :




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Où je me prends pour la Comtesse de Ségur

Jean-Luc m'écrit :

Bonjour,

J'ai trouvé votre blog passionnant. N'ayant aucune qualification professionnelle si ce n'est qu'une formation dans l'informatique, j'apprends très vite. J'ai d'ailleurs appris la majeure partie des choses que je connais en autodidacte.

Je vous écrit car j'ai postulé à une offre d'emploi "d'aide viticole" pour de  l'ébourgeonnage justement. Ayant envie  de changer d'environnement professionnel et de vraiment trouver ma voix, je me suis dit pourquoi pas. C'est un  contrat de 45 jours, non loin de chez moi.

J'ai pu lire ça et là que c'était une tâche très dure physiquement et mentalement, notamment sur votre blog, où vous semblez dire que vous souffrez du dos. C'est aussi mon cas, depuis toujours malheureusement. Je suis jeune et il est vrai que c'est un handicap pour une personne de mon âge. Seulement je ne veux pas démissionner, je me suis présenté et on me rappellera dès que le travail commencera.

Serait-il possible d'avoir un peu plus d'informations sur cette tâche, qui consiste, si j'ai bien compris, à retirer tous les bourgeons inutiles du pied de vigne, qui vont "pomper" toutes les ressources et ainsi affaiblir le pied de vigne ?

Selon vous est-ce une tâche réalisable pour une personne débutante ? J'ai déjà aidé mon frère qui est jardinier.

Je m'excuse d'avoir raconter ma vie, mais j'avoue être un peu anxieux quand à l'ambiance de travail et au fait que je sois complètement ignorant dans ce domaine, votre blog m'a rassuré car j'y ai vu également de la passion.

Je vous remercie d'avance. Cordialement, Jean-Luc

Bonjour Jean-Luc,

Pas beaucoup de temps pour vous répondre mais votre mail m'a touché.

Au niveau du dos, je suis presque sûr que le vôtre ira mieux à la fin qu'au début... Tout est une question de mobilité des articulations et, quand on est jeune, c'est facile à retrouver. A cinquante ans, c'est plus compliqué...

Le premier conseil d'un kiné à quelqu'un qui a mal au dos, c'est bien souvent : faites de l'exercice... Si ça se trouve, c'est de rester sur une chaise devant un ordi qui est le plus nocif (là, par exemple, je devrais être à la piscine me disent mon dos et mon kiné ;-). Attention cependant aux bonnes et aux mauvaises postures, à ne pas trop tirer vers le bas au début et à ne pas hésiter à plier sur vos jambes ou à poser un genou à terre, de temps en temps, pour laisser le temps à vos lombaires de s'habituer à vos nouvelles exigences. Une ceinture élastique, qui s'achète en pharmacie, est aussi un bon allié (en passant, bu un Coteaux du Noiré 2004 au top samedi, merci Franck...). Attention à bien vous couvrir les reins le matin, s'il fait humide, la "ceinture de flanelle" de nos grands pères est un outil qui était loin d'être bête. Chez nous, elle était rouge, la faixa et on la laissait pendre sur le côté. Enfin, je dis nous, mais pas prêt de me voir en costume traditionnel, hein. Encore que la Barretina, le bonnet rouge e laine feutré, avant Noël, c'est un must ;-). Mais c'était bien pour les reins. Une jolie gravure de ce qui aurait pu être nous à la fin du siècle dernier, pour mettre un peu de couleur dans ce billet ;-)

Important, un peu d'échauffement, le matin, un réveil musculaire, vous aidera, au début, à bien démarrer. Une ou deux séances de Pilates, pour bien comprendre comment respirer, c'est une idée. Mais bon, les cours de Pilates, à Vingrau, c'est pas facile à trouver. A Saint-Tropez, dont vous n'êtes pas loin, en revanche... Si vous avez des jours de formation, je vous le conseille mêmei ca risque d'étonner votre futur patron (parlez plutôt à sa femme, elle connait...) Je plaisante un peu, mais à peine. Au fait, pour les pauses et le soir, couvrez vous bien le dos dès que vous arrêtez, sauf bien sûr s'il fait caniculaire, mais ça va pas être le cas, j'en ai peur, cette année.

L'ébourgeonnage est ce qui me plait le plus, dans le cycle de la vigne. Il fait beau, en général, car c'est le printemps. Il faut à la fois "faire" et réfléchir, en même temps; c'est répétitif certes mais en soi très relaxant car on doit être concentré et donc, on oublie tous le superflu. Et surtout, on se rend compte que c'est superflu ;-) Les premières heures vont être longues, c'est presque certain, mais, après deux ou trois jours, très vite, votre corps va s'habituer et vous trouverez, je pense, dans un travail manuel qui oblige le corps et l'attention à se mobiliser, une grande paix. La nature aide aussi à retrouver son calme, surtout si vous êtes dans une vigne loin de tout, protégée de tout.

Je suis certain que l'on va vous former. C'est assez simple à comprendre si ce n'est que de l'ébourgeonnage, où l'on enlève tout, et non de la taille en vert, où il faut réfléchir un peu plus. De toute façon, vous allez être encadré et vous pourrez poser toutes les questions. Il faut le faire et ne pas hésiter, si vous voulez progressez vite dans la technique. Puis, très vite, vous maitriserez le geste, puis vous l'intégrerez et enfin, vousle ferez dans une sorte de semi automatisme. C'est le savoir faire. C'est super. Après, on peut chercher la vitesse et, surtout, plus important que cela, la qualité et la régularité, sur toute une journée de travail, ce qui est une autre paire de manche. Le soir, j'espère sincèrement néamoins que vous ressentirez la satisfaction d'avoir été utile, de vraiment avoir "fait" quelque chose, de l'avoir bien fait, avec son corps, et ses mains et sa tête. Peut-être même en éprouverez vous, loin de toute idée reçue, une grande fierté teinté d'une BONNE fatigue. Si vous faites ça avec des mauvaises idées dans la tête, en revanche, l'impression d'être esclave ou inutile, comme je l'ai vu malheureusement, arrêtez...

L'accomplissement, la réalisation, tout cela peut se trouver dans la plus petite chose, dans le plus petit geste, si l'on est dans le "ici et maintenant" tel que nous le montre le zen japonais. Je vous souhaite de trouver cette paix et cette joie dans cette expérience.

Cordialement, Hervé, qui a un peu l'impression de se prendre pour votre grand-mère ;-)

P.S. : attention à votre alimentation. Beaucoup d'eau, des fruits à 10 h et à 15h, c'est le secret...

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