Deux ou trois choses que je sais de la vigne et du vin

En avion, on a du temps.


Surtout quand on part de Perpignan, sans doute un des aéroports les moins bien desservis de France et l’une des destinations les plus chères – et que l’on essaie d’aller au Luxembourg, itinéraire apparemment saugrenu pour les compagnies aériennes en général et pour Air France en particulier.

On essaie donc un Montpellier-Roissy/Roissy-Luxembourg à l’aller et, à part la longueur du voyage, on a rien à signaler. Pour le retour, de bon matin, après s’être couché tard suite à sa dégustation, le vigneron, encore brumeux, reçoit en revanche un SMS laconique : vol reporté aux calendes grecques ; rentrez donc ce soir à minuit, demain, quand vous voulez, en fait et surtout, démerdez-vous…

Pour la deuxième fois en… deux voyages, mon vol est tout simplement annulé et du coup, pagaille dans les correspondances. On tente donc de changer tout son périple, on bénit le ciel d’avoir une femme débrouillarde à la maison et on essaie de trouver un moyen de rentrer. Bizarrement, on se retrouve alors à l’aéroport de Metz, avec… huit d’heures d’attente en perspective. C’est sûr, pour une fois, le vigneron, lassé de tourner en rond comme un lion en cage, sans même un point presse, a le temps de lire. Il se félicite alors d’avoir gardé dans sa musette, on ne sait pourquoi, le Figaro de la veille.

Le sujet amusant du jeudi de la semaine dernière (je termine ce billet avec beaucoup de retard, désolé…), dans le Figaro, c’était le bac philo. Cinq écrivains et philosophes « repassaient » le bac pour le journal, qui en publiait les copies, avec correction et notation, s’il vous plait. Bon, dans certaines « dissertations », je l’avoue, je n’ai pas tout compris ou je me suis tellement ennuyé que je n’ai pas voulu prendre le temps de comprendre ;-) Mon Dieu , comme certaines personnes ont le don de raconter des choses simples d’une manière compliquée… Une chose est sûre, je ne les envie pas. Je pense en particulier à Raphaël Enthoven, dont j’ai admiré le talent mais dont la lecture m’a profondément fait bailler. Dommage qu’en choisissant le sujet « Le désir peut-il se satisfaire de la réalité ? », il n’ait pas choisi de nous dévoiler son quotidien de mari de Carla Bruni... La réalité de la vie en couple est-elle différente pour lui ? Le désir, justement, reste-t’il vivace quand il se frotte aux rythmes du quotidien ? Est ce plus facile ou au contraire bien pire, quand on vit avec une icône de la mode ? Son témoignage, eut-il été sincère, aurait égayé mon voyage. Ou plutôt mon attente…

Ce qui m’a amusé, dans l’article du Figaro, c’est le thème des épreuves du bac. Les sujets, quoi... Il y avait cette année, en plus de celui cité un peu plus haut, quelles belles interrogations du style :

« Que gagnons nous à travailler ? »…

« Toute prise de conscience est elle libératrice ? »…

J’ai noté aussi un très beau :

« L’art nous éloigne t’il de la réalité ? ».

Pour l’obsédé du vin que je suis, à même d’interpréter n’importe quelle tache d’encre comme une tache de vin:-), l’occasion était trop belle, vous pensez. En regardant, du haut de l’aéroport, la verdoyante campagne Lorraine, je me mis donc à agiter donc doucement mon neurone principal : le sujet était-il transposable au vin ? Pourrait-on s’amuser à faire la même chose que le Figaro, mais dans la Revue du Vin de France ou sur un forum internet ? Oui, pensais-je, cela aurait fait un rafraîchissant sujet d’été pour notre revue nationale. L’exercice aurait pu être confié à quelques-uns de nos journalistes stars ou même, pourquoi pas, à quelques vignerons en verve. Sans parler de la blogosphère viticole ;-)

On y aurait sans doute parlé du travail, tiens, le cœur du métier de vigneron, de ce que celui-ci apporte mais aussi de ce qu’il coûte. On aurait évoqué ces vignerons qui travaillent douze heures par jour, avec plaisir, engagés sur le chemin d’une excellence exigeante. On y aurait aussi parlé de ceux qui travaillent aussi beaucoup, souvent seuls et isolés, juste pour survivre, sans toujours y arriver. Certains philosophes à tendance « marxistes » auraient alors pu être sans aucun doute abondement cités ;-). Pour ma part, j’y aurais sans doute parlé de Simone Veil (pas la femme politique, la philosophe, disparue trop jeune) qui fit si bien l’éloge du travail manuel sans pour autant en cacher les difficultés. On aurait parlé du terroir, l’occasion était trop belle. Pourquoi certains s’évertuent-ils à cultiver des terroirs si fatiguants alors que de si faciles sont à leur portée ? On y aurait évoqué la fatigue, celle du vigneron qui se couche fatigué le soir, se relève encore plus fatigué le matin, ayant rêvé toute la nuit de grappes ou d’entre-cœurs…

Pour ma part, je pense que j’aurais sans doute choisi, dans le cadre d’une philosophie très pratique, dite « de comptoir »;-), le sujet sur la conscience. « Toute prise de conscience est-elle libératrice »... Ah, quelle bonne question ! Pour le vigneron, il est en effet nécessaire de se rendre compte, le plus vite sera le mieux pour lui, que la perfection n’est pas de ce monde. “Ne vous inquiétez pas de la perfection, disait Dali, car vous ne pouvez avoir qu’une seule certitude ici-bas, c’est que vous, vous ne l’atteindrez jamais ;-). Certes. Il lui faut aussi comprendre que la plus grande force de l’univers, c’est l’inertie et qu’il ne faut pas lutter, mais faire AVEC elle. Que la nature ne peut être contrôlée, que c’est elle qui, au final, décide de tout... La « conscience est quelque chose de très, très encombrant », écrivait un jour de déprime, habituel pour lui, l’ami Cioran. Être conscient, conscient qu’il ne laissera rien si ce n’est que quelques bouteilles poussiéreuses, qu’il ne fait qu’un court séjour ici-bas, que son travail et ses espoirs sont si futiles, qu'il n'a guère que 40 tentatives, 40 vendanges pour s'exprimer, ce n’est pas, pour le vigneron, renoncer. C’est au contraire prendre conscience de la valeur du geste quotidien, du détail, de cette somme d’efforts qui fait qu’un jour, pour quelques personnes, autour d’un verre, le plaisir sera là et, qui sait, peut-être, l’émotion aussi. Ce n’est rien, diront certains. C’est pourtant beaucoup, pour le vigneron, qui sait la valeur des petits gestes quotidiens qui, au final, font les grandes choses.

Le sujet pour l’art aurait été d’actualité. Le prix de certains grands crus semble suivre celui des œuvres d’art, certains vignerons se prennent pour des artistes depuis longtemps ;-). On l’aurait donc confié à un Bordelais ;-). Tiens, au hasard, Jean-François Moueix ;-))). Il aurait fait la thèse. Le vin, l’art, c’est son truc et comme il est brillant, sa démonstration nous aurait à la fois énervée et impressionnée ;-) . Pour l’anti-thèse, on aurait pris une des nouvelles pasionarias de l’école dite des « vins natures » ou de la biodynamie cosmo-angélique. Il nous aurait expliqué avec des – jeux – de mots simples que le vin n’est qu’une boisson, populaire, forcément populaire, qui doit se pisser et non se stocker. Ah, quel beau sujet en perspective quand le vin se confond au combat politique ou idéologique... J’aurais conclu, si vous le voulez bien, que de toutes façons, le vigneron ne change pas le monde, « ne sauve pas des vies », comme dit mon ami Gildas, en évoquant la tête – et les chevilles – de certains vignerons aujourd’hui ;-) et que toutes ces considérations et autres notes sur cent, n’empêchent ni n’empêcheront jamais la vigne de pousser. Mot de la fin.

Dans la série, "mon beau cépage", le Mourvèdre

Un de mes lecteurs me félicite pour mes « fiches cépages ». Et me demande expressément de me mettre au boulot, parce que ça lui sert drôlement. Cher lecteur, tu y vas fort, je trouve ;-). Un, je ne suis pas responsable de l'incurie de l'information sur le vin sur la toile; deux, comme dit ma femme, je ferais mieux de bosser au lieu d'écrire... Bon, ce dimanche, vasouilleux à cause de cet hiver bizarre qui ne ressemble à rien tellement il fait chaud, je n'ai rien trouvé de mieux ni de plus relaxant de chercher à te satisfaire, oh lecteur... J'ai donc posé sur ce blog deux ou trois choses que je sais du mourvèdre. Vu que c'est un des cépages préférés de Claudine, mon absence a été tolérée ;-). Du coup, j'ai aussi créé une nouvelle rubrique sur le blog, histoire de retrouver facilement les bavardages précédents. Voici donc deux ou trois choses que je sais d'un merveilleux cépage :

LE MOURVEDRE

HISTOIRE

Le Mourvèdre est un cépage typique des bords de la Méditerranée. La tradition veut que pour exprimer toutes ses qualités, il doive regarder la mer. Est ce cela qui explique sa parfaite adaptation au vignoble de Bandol ? Si l’on se penche sur l’histoire, rien n’est moins sûr. Car avant le phylloxera, le Mourvèdre était le cépage principal de l’ancien Conté Provençal. Son règne s’étendait de Nice à Montpellier en incluant quelques vignobles d’altitude aujourd’hui disparus qui couvraient une partie du Var et des Alpes de Haute-Provence. Les Provençaux le considéraient même comme un cépage autochtone tant il faisait partie de leur vie depuis toujours.

On sait aujourd’hui qu’il est sans aucun doute originaire d’Espagne, encore que l’on ignore comment il a gagné, depuis son pays d’origine, une grande partie des rivages de la Méditerranée. Plus précisément, il se serait diffusé à partir de la catalogne sud et son nom dériverait de celui de la ville de Murviedro dans la province de Valencia ou de celui du village de Mataro, près de Barcelone. En Roussillon, autrefois province et capitale du royaume des rois de Majorque, les Catalans le cultivaient de manière intensive en faisant remonter l’origine de sa culture à la colonisation Grecque et Romaine.

Malheureusement, le Mourvèdre disparut pratiquement du paysage viticole français après l'invasion phylloxérique. La société de l'époque exigeait du vin (les temps changen...), quelle qu’en soit la qualité, et il n’était pas question de s’encombrer à l’époque d’un cépage à la production capricieuse et à faibles rendements. Pourtant, le Mourvèdre donne un vin coloré, charpenté dont les tanins assez rudes s'arrondissent après quelques années de garde. Ces qualités ne sont pas nouvelles puisque à la fin du siècle dernier, le négoce était friand de ces vins « qui réunissent toutes les qualités de corps, de couleur, de vinosité et de goût, qui en font le vin parfait d’assemblage ». Et dans les domaines de Provence, à la fin du siècle dernier, les bouteilles, qu’on laissait dormir au fond de la cave en vue du mariage du petit dernier, étaient la plupart du temps, élaborées avec du Mouvèdre pur.

On en cultiverait à l’heure actuelle un peu plus de 7 500 hectares en France. Les plantations sont en progression, ce dont on pourrait en apparence se féliciter, sauf qu’il s’agit bien souvent de terroirs mal adaptés, de porte-greffe sans objectifs qualitatifs et surtout de clones modernes et très productifs.



PRINCIPAUX SYNONYMES

Mataron (Roussillon, Catalogne), Morastell, Monastrell (Espagne). Mourvède, Mourvès, Morvède, Mourvézé (Provence), Mourvégué (Alpes de Hautes-Provence) Bénada, Tinto (Vaucluse), Négré Trinchiera, Estrangle-Chien (Alpes-Maritimes),

« PETITE HISTOIRE »

Le Mourvédon, aujourd’hui disparu, était sans doute une variété très différente de notre Mourvèdre actuel. Certains auteurs pensent que c’était un proche cousin du Pinot Noir, adapté à la culture sous climats chauds. Dommage qu’elle est disparue.

ZONE DE CULTURE ACTUELLE

Le Mourvèdre est mondialement connu comme étant le cépage principal de l’AOC Bandol. Il est encore assez répandu en Provence dans les appellations Cassis, Côtes de Provence, Coteaux d’Aix en Provence, Côteaux des Baux de Provence, Coteaux Varois, Palette, Bellet. On l’associe alors à la Syrah, au Grenache, au Carignan et au Cinsault. Il est en progression, dans une moindre mesure que la Syrah, dans toutes les appellations du Languedoc (Fitou, Corbières, Minervois, Saint-Chinian, Faugères, Coteaux du Languedoc, Costières de Nîmes, etc.) du Roussillon (Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon-Villages, etc.) où il convient à merveille à certains terroirs de schistes en décomposition et aux terroirs de de la côte rocheuse où il est une des clés de voûte de l’AOC Collioure.

Il est encore très cultivé dans le nord-est de l’Espagne où il produit des vins remarquables (et encore très bon marchés, malheureusement bus localement ou exportés presque exclusivement vers les USA…), dont certains VDN d’anthologie, grâce à des sélections massales ancestrales. À la vitesse où l’Espagne arrache ses vieilles vignes, cela ne devrait malheureusement pas durer. Il commence à se répandre en Australie et serait, selon le distingué et bien plus savant que moi Pierre Galet, cultivé en Russie, dans le très ancien vignoble de Crimée. Ami Russe, si tu me lis, merci de confirmer ou d'infirmer ;-)

Évolution des surfaces cultivées en France (en ha) 1958 617 1968 857 1979 3 146 1988 5 608 1994 7 000 2000 A votre bon cœur pour trouver les chiffres à jour…




LES VINS

Le Mourvèdre produit des vins aromatiques, très colorés, puissamment tanniques, dont la structure n’est parfois pas exempte, comment dire, d’une certaine « rudesse ». C’est cette apparente dureté qui fait que certains dégustateurs le considèrent comme un cépage rustique, alors qu’il est capable de produire quelques-uns des vins les plus raffinés du monde, à condition bien sûr d’être égrappé, ce qui est pratiquement la règle aujourd’hui. Encore faut-il pour cela qu’ils aient été récoltés à parfaite, maturité, au risque de produire des vins secs et agressifs. C’est malheureusement encore très (trop…) souvent le cas.

Charmeurs pendant le premier mois qui suit le décuvage, les vins, qui méritent bien le qualificatif de « fantasques », ont une tendance à se refermer, à se durcir pendant toute la première phase d’élevage. Ce caractère est renforcé par un tempérament fortement réducteur qui rend son élevage délicat. Assemblé avec le Grenache, il compense d'ailleurs la tendance à l'oxydation de ce dernier. Une des secrets des grands éleveurs, que je dévoile ici, est d’intervertir les lies des deux cépages, cela suffisant souvent à modifier le cours de l’histoire (avec un petit h, bien sûr ;-))

Le Mourvèdre supporte cependant merveilleusement l’élevage sous bois, en barrique ou en foudre, voire l’exige. Il y acquiert une nouvelle dimension. Après quelques années de bouteille, les vins possèdent alors une distinction et une complexité qu’il est bien difficile, voire impossible, d’imaginer, lors des dégustations primeur. Ce cépage demande donc de nombreuses dégustations de millésimes anciens pour être vraiment compris. Devant un verre de pur Mourvèdre jeune, le dégustateur débutant gagnera alors à fermer sa grande bouche devant des dégustateurs plus expérimentés, sous peine de se voir « renvoyer dans ses buts » sans coup férir (c'est pas que je penses que vous manquez de vocabulaire, c'est pour ceux dont le français n'est pas la langue maternelle et qui sont de plus en plus nombreux à lire ce blog...) et de façon parfaitement justifiée ;-)). Les arômes de cassis, de myrtille, de violette, de réglisse, de thym, de girofle, de cannelle et de poivre sont alors remplacés par des parfums de truffe, de tabac de Virginie, de cuir, de bois de santal et de toutes sortes d’épices orientales. Un nez génial, en résumé…

Pour ma part, ce qui m’a toujours frappé, dans le Mourvèdre, c’est cette incroyable capacité à se transformer au fil des ans en un breuvage totalement différent de qu’il était au départ. Il est en cela semblable à certains êtres humains qui connaissent plusieurs périodes dans leur vie : vers 50 ans, ils ne ressemblent en rien à l’adolescent qu’ils ont été, souvent en bien, parfois en mal... C'était le moment « philosophie de comptoir », digression de choix que seul permet le blog ;-)). Un Mourvèdre jeune, noir comme de l’encre, réduit, ne faisant aucun effort pour plaire, brut de décoffrage, aux tanins qui m’ont si souvent fait pensé à un marron dans sa coque ou à un hérisson roulé en boule, charmeur par son côté rebelle limite voyou, et bien ce même vin, 20 ans plus tard, se transforme – quand tout s’est bien passé –, en une sorte de dessin humoristique du New-Yorker où l’on verrait un homme âgé, raffiné, dans une robe de chambre en soie, fumant la pipe dans un appartement bourgeois décoré avec goût ! Le nez de ces cuvées là fait alors parti des plus grands qu’il m’ait été donné de sentir, la bouche, en revanche, parfaite après 10 ans de bouteille, ne possédant que très rarement après 20 ans, ce « toucher » miraculeux qui caractèrisent les grands vins anciens. On ne peut pas tout avoir, quand même ;-).

Au vigneron, alors, de l’assembler afin d’en tirer toutes les qualités tout en compensant ses faiblesses. Au passage, c’est ce que j’ai choisi de faire ;-)

Bien cultivé et bien vinifié, le Mourvèdre est donc, indiscutablement, un très grand cépage et pourtant l’un des plus méconnu. Sans doute parce qu’il ne se laisse pas apprivoiser facilement. Pour s’épanouir, il lui faut un terroir, un climat et… un homme talentueux et aimant, qui se passionne pour lui et lui pardonne ses frasques. C'est un peu comme Yves Saint-Laurent à qui, lors d'un voyage en Russie il y a bien longtemps, on demandait ce qu'il fallait à la femme Russe pour être aussi élégante qu'un Française : « une petite jupe noire, un petit pull noir et... un homme qui les aime » répondit le couturier avec sagesse. Sacré Yves. Si tu me lis, il y a peu de chance, je le sais, respect et admiration. Bon, revenons à nos moutons. En plaine, en revanche, à rendement élevé (des sélections ont permis d'élever sa production de 25-30 hl/ha jusqu'à 50-70 hl/ha) et sur des terroirs inadaptés, il perd toutes ses qualités et devient, au mieux, raide, dur, et au final quelconque. Dans ce cas, mieux vaut alors abaisser la barre et se contenter d’en tirer rosé, souvent excellent au demeurant.




METS ET VINS

Un vin de Mourvèdre qui se respecte est alcoolisé, coloré, riche en tanins, rude, solide. Il demande plusieurs années de garde en bouteille pour s’épanouir et se bonifier. Jeune, dans les deux ans qui suivent la mise en bouteille, il charmera cependant ceux qui aiment les vins virils et corsés. Il a alors sa place sur des mets puissants, le gibier à poil en particulier. A ce moment de sa vie, il se prête volontiers à un combat avec un cuissot de sanglier, une épaule de chevreuil, un filet de biche. Il aime aussi la viande de bœuf grillée ou rôtie et une côte de bœuf ou un rostbeef ne lui font pas peur. Il adore le canard sauvage, le lièvre, le lapin de garenne mais ne rechigne pas devant un bon magret de canard. Les plats en sauce et le pot-au-feu lui conviennent moins car la dimension liquide de plats ne se marie pas à ses tannins encore sauvages.

À maturité, à partir de 6 à 10 ans de bouteilles, les vins sont en revanche parfaitement adaptés à ce genre d’exercice. Ils aiment alors aussi les pâtés et les terrines, le foie de veau ou de volaille, le gigot d’agneau. Au-delà de 15 ans, les arômes délicats d’épices et de miel appellent des mets plus doux et plus raffinés. Quelques côtes d’agneau, un poulet rôti, une dinde aux marrons, la cuisine indienne, un canard aigre-doux, le Mourvèdre dans son grand âge s’apprécie avec le sucré-salé et les épices ou mieux et plus simple, avec une recette simple qui respecte et magnifie les saveurs du produit.

PRINCIPALES CARACTERISQUES CULTURALES

Cépage de plaine ou de coteaux, voire de flancs de montagne, le Mourvèdre est un plant vigoureux, au port érigé, qui se conduit bien en gobelet sans palissage, bien que celui-ci lui fasse le plus grand bien, surtout dans les régions très ventées. Sa maturité, tardive, le réserve aux climats chauds car il est très exigeant en soleil et en température au moment de la maturation. Il supporte d’ailleurs très bien une relative sécheresse, bien qu’une alimentation hydrique faible mais régulière semble être la clé de son bon développement. C'est peut être pour ces deux raisons qu'on évoque à son sujet le truc de « la tête au soleil et des pieds dans l'eau »... Son débourrement tardif en fait un plant précieux pour les situations gélives (plaines, bas-fonds). Attention malgré tout car ses souches sont sensibles au froid hivernal trop brutal, ce qui fait qu’on est pas prêt d’en cultiver au Québec même si c’est le rêve de certains (ici, clin d’œil aux D.B. ;-)). Il doit être taillé court, l’idéal restant le gobelet à deux yeux par courson. S’il supporte le cordon, la taille Guyot ne lui vaut rien de bon.

Il fait beaucoup de végétation les premières années où un palissage pas très haut ou un échalas lui permettent d’endiguer une végétation souvent vigoureuse. Pendant la phase fructifère, le feuillage, peu nombreux, aux larges feuilles, doit être préservé. La production doit être faible sous peine d’un épuisement rapide des souches. Les grappillons, souvent assez gros, doivent êtres supprimés. En résumé, pour produire un grand vin, le Mourvèdre à mon sens, doit obligatoirement être travaillé en vert. Malgré tout cela, il est extrêmement irrégulier et produit du simple au triple selon les années.

Sensible au mildiou, à l'oïdium, aux acariens, à l’esca, aux cicadelles et à la pourriture acide, il résiste bien à la pourriture grise, grâce à l'épaisseur de la pellicule de ses grains ainsi qu’à l’excoriose.

Son degré de maturité est l’un des plus difficile à appréhender. Même bien mûr, les peaux semblent toujours dures, les anthocyanes difficilement extractibles, les pépins ne changent que rarement de couleur tandis que l’acidité ne semble vouloir jamais descendre. Pourtant, dès l’encuvage, tout change et le Mourvèdre, se révèle souvent sous un jour innatendu. Il reste malgrés tout l’un des cépages les plus difficile à vinifier, du moins pour moi, pour qui vinifier signifie : « comprendre le raisin, lui permettre d’exprimer tout ce qu’il a de mieux en lui sans jamais le contraindre à faire quelque chose qu’il n’est pas destiné à produire »… Pour les autres, je ne sais pas.





DESCRIPTION

Bourgeonnement duveteux, blanchâtre, liséré carminé. Jeunes feuilles pâles, tachées de rose par plaque. Feuille adulte vert mat foncé, de taille moyenne, aussi large que longue, entière avec parfois seulement une dent plus large ou à trois lobes en forme de lyre avec des dents moyenne, anguleuses. Face inférieure garnie d’une forte densité de poils dressés et couchés, d’un blanc grisâtre. Rameaux érigés, châtain clair, mérithalles courts ou moyens, non côtelés, entre-nœuds rouges.

Grappe moyenne, conique, fortement ailée surtout sur les clones actuels ; pédoncules courts, assez forts, colorés sur toute leur longueur ; grains moyens, réguliers, arrondis, noirs, bien pruinés et donc luisants ; pulpe fondante, juteuse, faiblement colorée, bien sucrée à parfaite maturité. Pour ceux qui n'y connaissent pas grand chose, je dirais que ça ressemble un peu au carignan, surtout au niveau des bois...

Cépage dit de troisième époque, donc tardif, il est réputé débourrer 13 jours après le Chasselas et mûrir 4 à cinq semaines après lui.

CLONES

Dix clones sont aujourd’hui agréés ENTAV-INRA. Ils portent les numéros : 233, 234, 244, 247, 249, 369, 448, 449, 450, 450, 520, 245, 248. Six d’entre eux sont multipliés de façon significative. L’un est classé D (valeur inférieure), 2 sont classés C (fertilité et poids des grappes supérieurs) 5 sont classés B (fertilité et poids des grappes moyen), et seulement 2 sont classés A (fertilité et poids grappes inférieurs), ce qui rend la tâche d’un bon viticulteur difficile. Une centaine de souches, en provenance du centre-est de l’Espagne, la zone la plus riche en matériel végétal, seraient en cours d’étude sur des sites expérimentaux et devraient donner naissance à de nouveaux clones plus qualitatifs.

Bon, avant la tradtionnelle gravure tirée de l'ampélographie de Vialat/Vermorel, si vous avez lu tout ça, vous êtes priés de vous exprimer dans la commentaires pour rectifier les conneries, pour donner votre avis, pour apporter des précisions sur n'importe lequel de ces points. Je compte sur tout le monde, et sur certains plus particulièrement... Ils se reconnaitrons ;-))

Mon ami le Chenin

On a beau chercher les meilleurs fournisseurs, payer sans discuter, il faut se résoudre à l'avouer : certains de mes fournisseurs sont des branquignols.

Bon, je ne généralise pas, parce que vraiment certains sont au top (Eric, si vous me lisez, ce message n'est pas pour vous, bien au contraire ;-)) mais pour les autres, il y a vraiment des baffes qui se perdent. C'est un transporteur qui devait livrer depuis lundi de la semaine dernière et qui prend une petite semaine de retard « parce qu'il pensait que c'était pas urgent ». C'est une messagerie express, un de ces transports qui vous coûte une fortune en vous parlant de performance et qui vous annonce avec un grand sourire qu'un carton d'étiquettes s'est perdu mais que « peut-être mais c'est pas sûr, on va le retrouver »... Bon, je suis d'une humeur de dogue, c'est normal, ce sont les mises en bouteilles. Enfin, ce qu'il y a de bien, c'est qu'au moins, il ne pleut pas à torrent ou qu'il ne neige pas, comme l'année dernière.

Bon, le blog, ca défoule. En attendant que la boucheuse soit désinfectée, histoire de ne pas vous gâcher votre journée, j'avais mis en réserve un petit texte qui peut-être, vous intéressera. Enfin, c'est pas sûr, mais après tout, vous n'êtes pas obligé de le lire. Je vous avais promis de continuer un de ces jours ma série « encyclopédique » sur les cépages. Histoire de prouver que je ne m'intéresse pas qu'aux cépages du midi et pour me consoler de n'avoir pu monter au Salon des Vins de Loire, j'avais compilé un petit texte de tout ce que j'ai lu, de tout ce que je sais et de tout ce que je pense du Chenin, un cépage que j'affectionne. Le voilà. Allez, courage, j'y retourne...

                              

Histoire

Le Chenin est sans aucun doute d’origine Angevine. On le connaît avec certitude en Anjou dès l’an 845 grâce à des documents d’époque qui portent le sceau de Charles le Chauve. Il passe ensuite sans doute en Touraine sous le Plan d’Anjou grâce à Thomas Gohier, seigneur de Chenonceaux qui souhaite planter une vigne autour du magnifique château qu’il vient d’acquérir. Au milieu de plusieurs cépages en provenance de nombreuses régions de France, seul le Chenin s’adapte et voit sans doute son nom dérivé de celui du château, dont le vin est désormais réputé et dont Henri II raffole. Certains auteurs pensent en revanche qu’il tient son nom de celui du monastère du Mont-Chenin ou son beau-frère, Denis Briçonnet, abbé de Cormery, se retira pour cultiver tranquillement la vigne qu’il avait plantée. Son essor au XVe siècle, en Touraine et en Anjou, Rabelais en parle abondamment dans Gargantua, peouve que le Chenin est déjà à l’époque le grand cépage de la Loire. Son succès ne faiblira plus mais les surfaces cultivées varieront ensuite en fonction des aléas et de la demande en vins moelleux et liquoreux.

Principaux Synonymes

Pineau de la Loire, Gros Pineau de Vouvray, Pineau de Savenière, Plan du clair de lune, Pineau d’Anjou, Blanc d’Anjou, Steen (en Afrique du Sud).

Petite histoire

Le Chenin blanc serait pour certains ampélographes une mutation naturelle du Chenin Noir, plus connu sous le nom de Pineau d’Aunis. Mais on doute aujourd’hui fortement de cette parenté. On doit savoir aujourd'hui, ou on va le savoir bientôt, grace aux avancées de la génétique, d'où vient vraiment le Chenin. Si quelqu'un le sait, merci de me transmettre le lien vers l'info.

Zone de culture actuelle

Le Chenin évoque inévitablement dans l’esprit des connaisseurs du monde entier les grands vignobles de la Vallée de la Loire. Seul, il est à la base de toutes les grandes AOC de l’Anjou (Coteaux du Layon, Bonnezeaux, Quarts-de-Chaume, Savennières, Coulée de Serrant et Roche aux Moines) mais il peut aussi être associé à d’autres cépages, le Chardonnay et le Sauvignon en particulier, pour donner les vins d’AOC Anjou. On le retrouve aussi en Saumurois où il donne quelques-uns des meilleurs vins effervescents de France et bien sûr en Touraine (Vouvray, Montlouis, Coteaux du Loir, Jasnières). Classé depuis peu « cépage recommandé » dans le Sud-Ouest et dans le Languedoc, il participe à l’élaboration de l’AOC Blanquette de Limoux. Dans le reste du monde, c’est avec 30 % du vignoble l’un des cépages le plus cultivé en Afrique du Sud tandis qu’il est bien représenté en Californie, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Sous ces climats résolument méditerranéens, le Chenin n’atteint cependant jamais la finesse, la fraîcheur et la minéralité des grands vins de Loire.

Évolution des surfaces cultivées en France (en ha)

1958 - 16 594

1968 - 14 199

1979 - 9 552

1988 - 9 054

2001 - 9 300 (estimation)



Les vins

Les vins de Chenin ont ceci d’extraordinaire qu’ils peuvent être secs, demi-secs, moelleux, liquoreux ou pétillants. Si l’on rajoute à cela les différences engendrées par les terroirs, les climats et les vignerons qui les ont influencés, la gamme de vins disponibles semble presque infinie. Ce qui fait la liaison entre tous reste sans doute ce délicieux goût fruité (pomme verte, acacia, pamplemousse, citronnelle, chèvrefeuille, foin coupé, tilleul, verveine), qui tire parfois vers l’exotique (ananas victoria, mangue, citron vert, fruit de la passion). En bouche, on ressent souvent des arômes et des goûts de raisins mûrs ou surmûris (orange et citron confits, miel, aubépine, pêche, camomille, jasmin, citron confit, mirabelle, abricot, pêche au sirop, pâte de coing) tandis que les plus grands crus, au vieillissement, prennent des couleurs vieil or et présentent des arômes toujours plus complexes plus envoûtants (réglisse, cumin, pain d’épice, encens, guimauve fraîche, noisette, girofle, canelle)… Peu de cépages et peu de vins sont capables de provoquer tant de sensations … et de qualificatifs. Vins de garde, distingués et virils, les vins de Chenin possèdent à la fois une exceptionnelle rondeur et une immense fraîcheur, un support acide qui les rend élégants, nets, frais et joyeux. Ils se prêtent volontiers au passerillage et sont de parfaits candidats à la pourriture noble. Ce sont alors de grands vins liquoreux, parmi les plus riches de France et ils peuvent alors vieillir parfois plus d’un siècle dans l’obscurité d’une profonde cave creusée dans le Tuffeau. Ils prennent alors d’incroyables couleurs d’or liquide et d’ambre marine.

Mets et Vins

Sur les grands vins de Chenin vinifiés en sec, on peut sans aucun risque déguster une quiche Loraine, un brochet beurre blanc, un soufflé au fromage, quelques écrevisses à la nage, des langoustines rôties, un merlan frit ou un saumon grillé à l’unilatérale. Les vins demi-sec possèdent un réel talent à se marier à la cuisine exotique. Ils tolèrent le piment et adorent les épices au point qu’ils semblent être nés pour se marier avec la sensualité naturelle des cuisines Indienne et Thaïe. Ils se marient aussi divinement avec les desserts de « grand-mère », pain perdu, gâteau de riz, tartes Tatin, cakes aux fruits confits ou crêpes à la confiture, sans oublier les soufflés à l’orange ou les desserts aux fruits de la passion. Quant aux grands Chenin liquoreux , ils sont particulièrement à leur aise avec le foie gras, les volailles rôties, les poissons accompagnés d’oseille ou de poireaux, les fromages à pâtes persillées (la fourme d’Ambert en particulier), les desserts aux poires, aux pêches, aux abricots, aux amandes et bien sûr avec la glace à la vanille.

Principales caractéristiques culturales

Vigoureux, de débourrement précoce, le chemin reste exposé aux premières gelées de printemps, dramatiques pour le vigneron car ses bourgeons secondaire sont peu ou pas fertiles. Lorsqu’on s’intéresse vraiment à lui en profondeur, on se rend compte que les variétés abondent, tant au niveau des différences apparentes que des caractéristiques culturales. Selon les individus, la maturité peut en effet varier de plus de 3 semaines et, même s’il est toujours tardif, sa cueillette s’étale du 1er octobre au 15 novembre. Selon les terroirs, les vignerons ont d’ailleurs toujours cherché à adapter les populations aux potentialités de leurs crus, il peut produire du simple au triple. Le potentiel acide est toujours important. Le Chenin est particulièrement sensible à la pourriture grise, à l’oïdium, à l’Eudémys et à la plupart des maladies du bois. Selon les conditions climatiques, il était autrefois extrêmement sensible à la coulure, mais les nouveaux clones semblent avoir grandement diminué ce défaut historique.




Description

Souche vigoureuse, tronc important, écorce adhérente se détachant en minces lanières en vieillissant. Bourgeonnement duveteux, blanc nuancé de vert clair. Jeunes feuilles duvetées, tâchées de bronze, limbe inférieur cotonneux. À maturité, feuilles de grande, tourmentées en forme d’entonnoir, parfois trilobées ou à peine lobées sur le même rameau, sinus pétiolaire peu ouvert, dents irrégulières, moyennes, à côtés convexes, nervures fortement pigmentées de rouge sur la plupart des clones, face inférieure présentant une faible densité de poils couchés. Sarments semi-érigés, mérithalles moyens à longs, entre-nœuds peu saillants, longues stries longitudinales, légèrement velues, souvent carminées à la base ou du côté exposé au soleil, vrilles longues, nuancées de rouge. Grappes dressées, souvent assez grosses, coniques, régulières, avec un aileron bien développé ou deux petits, baies petites à moyennes, ellipsoïdes, régulières, croquantes, dorées, sucrées, charnues et parfumées à maturité.

Cépage dit de deuxième époque, le Chenin est réputé débourrer 1 à 2 jours avant le Chasselas et mûrir trois, voire quatre semaines après lui.

Clones

Il y a deux ans, 8 clones étaient agréés par l’ENTAV/INRA. Ils portent les numéros : 220, 278, 416, 417, 624, 880, 982 et 1018. Trois d’entre eux sont classés C (fertilité et poids des grappes supérieur), cinq sont classés B (fertilité et poids des grappes moyen). Sachant que, selon le clone, le rendement variera de 30 à 100 hectolitres à l’hectare, on se rend compte que le choix est donc restreint pour les vignerons à la recherche de qualité.

Scanner, mon beau scanner... (la Syrah...)

Je ne sais pas si le savez, mais j’aime bien les ordinateurs. Claudine me dit souvent, en soupirant, que si on avait eu, au moment de monter le domaine, tout l’argent que j’ai donné en 20 ans à Apple, nous n’aurions même pas eu besoin d’emprunter. En faisant rapidement le compte depuis mon premier mac512, en 1985, je frémis, car je crains qu’elle ait raison. Remarquez, si j’avais eu tout l’argent que j’ai dépensé en mangeant au restaurant, ça aurait été au moins aussi bien...

Bon, pas de regrets, parce que sans tout ça, je ne comprendrais rien ni au vin, ni à la nourriture, ni aux ordinateurs et que donc, je n’écrirais pas ces lignes mémorables, destinées, soyons en sûr, à rentrer dans l’histoire. Ah, dans le deuxième cas, je serais plus mince aussi ;)). Comme dit le sage, « vivre, c’est faire des choix… ». Et surtout, ne rien regretter.

Bon, tout ça pour dire que je rêvais depuis des années d’un scanner bien particulier qui n’existait pas encore et que, gentiment, Hewlett-Packard l’a fait, juste pour moi, j’en suis sûr. Qu’a-t-il de si formidable ? Et bien, c’est juste une sorte de vitre que l’on peut détacher de son support pour la poser sur un livre. Donc, on n'abîme plus les livres et on peut en extraire plein de belles photos.

Jusque-là, vous vous en moquez et vous vous demandez ce que ça vient faire ici...

Bon, d’abord, c’est mon blog et je parle de ce que je veux. Mais, si vous avez eu le courage de me lire jusqu’ici, voilà mon cadeau :

Un magnifique dessin de Syrah tiré de l’ampélographie de Pierre Viala et Victor Vermorel (Masson, 1901-1910). Et comme j’avais ça dans mes cartons, je vous glisse un dossier sur ce cépage, je crois assez complet, mélange de livres techniques, d’observations pratiques et d’opinions personnelles. Merci internet, le voilà sur la toile…

P.S. : c’est long mais c’est passionnant. Je pars quelques jours histoire de me « vider » la tête avant les vendanges et arrêter de tourner en rond dans mes vignes que tout le monde voit mûres, sauf moi. Comme ça, vous pourrez en lire un petit bout chaque jour ;)).

LA SYRAH

Un peu d'histoire

Longtemps, l’on a jamais rien su de précis ni de certain sur l'origine de la Syrah. Elle semblait être cultivée depuis toujours sur les coteaux escarpés des vignobles du nord de la Vallée du Rhône et en Savoie. Certains ampélographes pensaient que ce cépage était être originaire d'Iran, de la petite ville de Chiraz, plus précisément, dans l’ancienne province persique de Faristan. D’autres penchaient pour une origine Chypriote ou Syracusaine mais on n’en trouvait nulle trace dans chacun de ces endroits. Les producteurs de l’Hermitage aimaient à affirmer pour leur part que l’on doit son implantation en France au Chevalier de Sterimberg qui s’établît en 1224 sur un coteau de Tain-l’Hermitage. Ceux de Côte-Rôtie parlaient même d’une origine plus ancienne et évoquaient volontiers l’empereur Probus qui autorisa, au IIIe siècle après J.-C., la plantation de vignes en Gaule.

Las, les dernières recherches génétiques sur l’origine des cépages ont fait la lumière sur cette affaire, enlevant à ce cépage une part de sa légende et de son mystère : une analyse génétique vient en effet de montrer que la Syrah est le produit d'un croisement naturel, spontané, et sans doute très local, de la Mondeuse Blanche de Savoie avec l’obscur cépage Duazé, originaire de l’Ardèche. Résultat d'un travail entre l'Université de Californie et l'INRA Agro de Montpellier, cette révélation remis la Syrah a sa place : celle d'un cépage relativement récent et surtout bien français... Gageons que grâce à la technique des empreintes génétiques appliquée à la vigne qui permet de dessiner l'arbre généalogique des cépages, bien des surprises nous attendent… (1)

Revenons à nos moutons. La réputation de cépage qualitatif ne date pas d’hier. Pourtant, trop rares sont encore les amateurs de vins qui connaissent l’histoire de ces grands crus classés de Bordeaux qui, au siècle dernier, dans les millésimes un peu faibles, étaient mélangés au vin de l’Hermitage afin de leur donner un peu de chair et de couleur. Loin de s’en cacher, certains négociants affichaient même fièrement sur leur étiquette « vin hermitagé » et l’ampélographe Viala signale même sa plantation en Gironde vers 1850. Il rapporte d’ailleurs que son affinité avec le Cabernet-Sauvignon et le Merlot est connue de longue date. Étonnant.

En dehors de ces quelques essais, la syrah fut longtemps la chasse gardée de la vallée du Rhône nord et d’une partie de l’Isère. Puis, au début du XIXe siècle, elle commença à descendre le fleuve. Les tests dans la Drôme puis dans le Vaucluse ayant donné d’excellents résultats, même sous climat chaud, elle prit rapidement la mer pour aller coloniser la Californie, l’Afrique du Sud et l’Australie, dont elle est aujourd’hui le cépage principal. Plus lents à la découvrir, les producteurs des rivages méditerranéens commencèrent à s’y intéresser à partir de la fin des années 50. Les superficies plantées en France sont passées de 1 603 ha en 1958 à 12 300 ha en 1980 et dépassent probablement 50 000 ha aujourd'hui.

(1) On notera avec amusement qu’en 1900, l’ami Viala, toujours lui, écrivait déjà que « la syrah est parfois confondue avec la Mondeuse que l’on désigne sous le nom de Grosse Syrah dans la Drôme ». Bon, il explique juste après que, visuellement, les cépages n’ont rien à voir... Mais il faut croire que la tradition locale avait encore en mémoire, qui sait, l’histoire de ce croisement hors normes.



Principaux Synonymes

Schiras, Sirac, petite sirrah (Oddart), Hignin noir (à Crémieu), Serine, Serrine, Sereine (en Côte-Rôtie), Sérène ou Serène (dans la vallée de l'lsère), Candive (à Bourgoin), Marsanne noire (à Saint-Marcellin), Entourmerin (en Savoie)

A savoir, pour faire l’intéressant…

En Californie, le cépage appelé Syrah est en fait souvent du Durif, un cépage du Sud-Ouest.

Zone de culture actuelle

La Syrah est toujours le cépage exclusif des grandes AOC du nord de la Vallée du Rhône (Hermitage, Côte-Rôtie, Saint-Joseph, Cornas). Elle est très présente dans les appellations du Rhône Sud, mais en tant que cépage secondaire (Côtes du Rhône, Côtes du Rhône Villages, Chateauneuf-du-Pape, Gigondas, Lirac, etc.)

La Syrah intervient aussi comme cépage auxiliaire dans presque toutes les appellations du Languedoc (Fitou, Corbières, Minervois, Saint-Chinian, Faugères, Coteaux du Languedoc, Costières de Nîmes, etc.), du Roussillon (Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon-Villages, etc.), et de Provence (Côtes de Provence, Coteaux d’Aix en Provence, Coteaux des Baux, Coteaux varois, etc.). Considéré à juste titre comme un cépage « améliorateur », un pourcentage minimum de syrah est presque toujours exigé. Elle est aussi en expansion rapide dans toutes les zones de production de Vins de Pays ainsi que dans quelques vignobles du Sud-Ouest (Gaillac, Côtes du Frontonnais, etc.).

À l’étranger, elle est très répandue en Australie, en Californie, en Afrique du Sud, au Chili, en Argentine et, plus près de nous, en Italie et en Suisse, pays qui produit quelques-uns des plus beaux vins de Syrah du monde.

Évolution des surfaces cultivées en France (en ha)

1958 1 602

1968 2 658

1979 12 282

1988 27 041

1998 37 000

2001 45 000 (estimation)

Les vins

La réputation de la Syrah n'est plus à faire. À l’origine de certains des plus grands vins rouges du monde, sa forte personnalité marque les vins d'une empreinte indélébile. Très aromatique, elle est souvent à l’origine de vins rouges charpentés, riches en tannins, d’une extrême finesse, et d’une grande complexité, titrant de 12 à 14°. Au vieillissement, ces vins se bonifient et passent alors d’arômes primaires de fermentation (framboise, cassis, myrtille, framboise sauvage, noyau) aux arômes secondaires (réglisse, cachou, violette, vanille, réséda, olive noire, poivre, fumée) puis tertiaires (truffe, cuir, sous-bois, gibier, ambre).

Dans leur jeunesse, certains vins de syrah possèdent d’intenses goûts « épicés » qui frappent parfois les esprits ; mais ces arômes et ces goûts ne transparaissent que sur les grands terroirs et dans les vins produits à faibles rendements. Ces vins-là peuvent alors vieillir plusieurs dizaines d’années, car ils possèdent aussi une certaine acidité qui leur apporte fraîcheur et distinction.

Certains dégustateurs affirment que les Syrah de la Vallée du Rhône nord sont gustativement très différentes. Cela vient à notre avis plutôt des terroirs sur lesquels elle est cultivée, une Syrah sur schiste, gneiss ou granit étant très différente d’une Syrah sur calcaire ou cailloux roulés. L’important est de retenir que la Syrah mûrit relativement vite. Les terroirs tardifs lui conviennent donc mieux, car ils permettent un mûrissement plus lent et donnent naissance à des vins plus complexes et plus frais.

Délicieuse pure, la syrah est aussi un formidable vin d’assemblage. Son fruit, son aptitude à vieillir lentement, la couleur de ses vins, toujours impressionnante avec ses reflets bleutés qui lui ont valu le surnom de « vin noir » à Cornas, tout cela compense à merveille certaines faiblesses du Grenache, du Carignan ou du Cinsault. La palette aromatique est alors encore plus complexe et, au bout de 5 à 6 ans, ces assemblages sont des vins délicieux, à la fois riches et raffinés, sur l’épice et l’animal.

Ne parler que des grands vins de garde serait injuste. Car cet extraordinaire cépage est aussi capable, à rendement plus élevé ou sur des terroirs moins nobles, de produire des rosés délicats et délicieusement parfumés ainsi que des rouges de soif tout à fait honorables.

Mets et Vins

Lorsqu’elle est pure, comme dans les vins de l’Hermitage ou de la Côte Rôtie ou fortement dominante, comme dans beaucoup de grandes cuvées du Languedoc-Roussillon, la Syrah est la compagne idéale, dans ses jeunes années, du gibier (canard au sang, civet de lièvre ou de sanglier, cuissot de biche ou de chevreuil rôti sauce poivrade ou grand veneur). Elle aime aussi les grosses pièces de bœuf cuites saignantes, comme la Côte de bœuf ou le Rostbeef. Plus assagie, la Syrah se fait plus complexe et plus fine. Elle adore les volailles et les gibiers à plume (cailles, pigeon, perdreaux, faisans), les champignons sauvages, le foie de veau, les rognons grillés juste bardés de lard et les sauces aux fruits rouges.

Principales caractéristiques culturales

De vigueur moyenne et de bonne fertilité quand elle provient de clones bien sélectionnés, la Syrah se plait dans tous les sols et sous tous les climats. La sècheresse des Cotes du Rhône, du Languedoc ou du Roussillon ne lui fait pas peur. Elle aime le schiste, le granit, le gneiss, les cailloux roulés, mais c’est sans doute sur des terres caillouteuses, chaudes, bien drainées et moyennement fertiles qu’elle donne les vins les plus puissants et les plus sensuels.

Selon les terroirs, la taille sera plus ou moins longue pour équilibrer vigueur et production. Pour ma part, je pense que le mode de conduite en cordon n’est pas le plus adapté alors qu’il est le plus conseillé. Le gobelet permet une taille courte et donne à la vigne une espérance de vie sans commune mesure avec celle du cordon. La guyot simple, quand à elle, permet des productions plus importantes et plus régulières, indispensables dans la perspective de production de vins plus digestes et plus fruités. Dans tous les cas, le palissage est obligatoire, sur fil de fer si elle est taillée en cordon, sur échalas individuel si elle est taillée en gobelet. La Syrah possède un débourrement assez tardif. Elle se récolte pourtant assez tôt puisque sa maturité intervient dix jours avant celle du Carignan. Du fait de ce mûrissement rapide, sa période optimale de récolte est assez brève et ne peut s’apprécier seulement par des critères physico-chimiques. La dégustation des baies est donc essentielle.

Elle a cependant quelques faiblesses. Elle est sensible à la sécheresse, à la chlorose, à la pourriture grise, aux acariens et aux vers de la grappe. De plus, ses rameaux cassent facilement sous les vents violents.

Description

Souche vigoureuse, à tronc moyen, port étalé, écorce donnant d’étroites lanières épaisses, foncées. Gros bourgeons, tardifs, blancs avec liseré de rose sur la jeune feuille qui tourne rapidement au blanc jaunâtre puis au vert. La feuille adulte est moyenne, possède cinq lobes, un sinus pétiolaire ouvert, profond et des sinus latéraux peu profonds mais bien marqués. Le limbe parfois gaufré, présente un aspect ondulé et tourmenté. Si la face supérieure est d’un vert sombre et glabre, la face inférieure est pâle et possède un léger duvet au niveau des nervures. Le rameau adulte, côtelé, long à très long, couleur café au lait après l’aoûtement, possède de longs mérithalles finement striés. Les entre-nœuds sont vigoureux et nombreux, les vrilles sont grêles et sèchent souvent sans s’aoûter. À l'automne, le feuillage rougit partiellement sur les bords du limbe.

La grappe, petite, moyenne ou grosse (de 80g à 200 g) selon les sélections variétales et le mode de culture, est située assez loin de l’origine du sarment. Elle est longue, cylindrique, moyennement ailée, tantôt lâche, tantôt serrée. La baie est ovoïde, d’un beau noir foncé, une pruine abondante lui donnant des reflets bleutés. La peau est fine mais résistante, la chair fondante et juteuse, le jus sucré, équilibré et complexe.

Cépage dit de deuxième époque (comme le Cabernet-Sauvignon), il est réputé débourrer 7 jours après le Chasselas et mûrir 2 à trois semaines après lui.

Clones

Treize clones sont aujourd’hui agréés par ENTAV-INRA (il doit y en avoir quelques autres, il faudrait que je regarde mais je n’ai pas le catalogue sous la main). Ils portent les numéros : 73, 99, 100, 174, 300, 301, 381, 382, 383, 470, 471, 524, 525. Si le clone 100, très productif, tient toujours la tête du palmarès des ventes, les producteurs avides de grands vins ont à leur disposition plusieurs clones très qualitatifs comme le 174, le 383, le 174 et le récent 525, tous aptes à donner de petites grappes propices à l’élaboration de vins de garde bien structurés.

Tous ces clones sont issus d’un matériel végétal sélectionné en provenance de Côte-Rôtie, de l’Hermitage ou d’anciens vignobles du Tarn-et-Garonne. De nombreux nouveaux clones qualitatifs devraient faire leur apparition dans l’avenir mais le choix, l’un des plus large du catalogue de clone, suffit aujourd’hui au bonheur de n’importe quel vigneron normalement constitué. Le porte-greffe joue, on ne le répétera jamais assez, un rôle essentiel dans la qualité du raisin et donc du vin et, pour ma part, j’emploie 3309, 101-14 et Gravesac. Sur les terrains très actifs au niveau du calcaire, le Fercal semble donner d’excellents résultats (cf la Muntada de Gérard Gauby).

Ouf. A la semaine prochaine, pour le début de vendanges...